Tuesday, May 29, 2012

La tête qui tourne: Tiger Leaping Gorge, Jour 1

Comme prévu, en sortant de l'auberge où nous avons dîné, notre guide nous attend avec son cheval et reprend sa position à quelques mètres derrière nous alors que nous nous remettons en chemin. Heureusement pour notre digestion, les premiers kilomètres de la deuxième partie du trajet sont pratiquement sur le plat, gardant environ la même altitude que le Naxi Guesthouse. Nous ne faisons que nous promener le long de la chaîne de montagne, entrant et sortant des crevasses ce qui nous permet tout de même de réchauffer nos muscles avant les 28 bends. C'est plutôt difficile à décrire, mais du côté de la piste, la Gorge est appuyé sur une chaîne de montagne ce qui fait que pour couvrir du terrain, le marcheur traverse des dizaines de petites collines sur le chemin qui les longent à l'horizontal. Un peu comme les dents d'une scie, après être arrivé au bout d'une colline, on ne découvre ce qui nous attend qu'après avoir tourné le coin... c'est plutôt excitant et ça nous garde sans contredit en haleine!


En début d`après-midi, quand le soleil commence à prendre un peu de répit, la piste se met à grimper considérablement et nous nous doutons bien que nous devons approcher des ''bends''. Le terrain change aussi du tout au tout; ce qui était auparavant un peu de poussière et de la verdure se transforme maintenant en énormes roches et buissons séchés. En me retournant une seconde pour regarder ma mère couverte par son châle qui suit à l'arrière, j'ai un flash: ''Maman, sais-tu que quand j'imagine le temps de Jésus (ce qui n'arrive quand même pas trop souvent entendons-nous...) c'est en plein ce que je vois?!''. Des buissons tout secs, de la poussière de roche, un soleil de plomb, une femme sous un foulard qui se débat pour monter une grosse côte sous l'oeil attentif de son canasson. C'est franchement biblique tout ça et c'est suffisant pour me faire oublier la chaleur et rire dans ma barbe pendant les longues minutes suivantes jusqu'au prochain plateau. ''Christiane de Nazareth'', splendide! Alors que nous croyons déjà affronter le pire obstacle de la montagne, le porteur se penche vers moi pour me demander pour la 1000e fois, si je suis CERTAINE que ma mère ne veut pas prendre son cheval. Je m'informe auprès d'elle, mais elle retrouve un regain d'énergie soudain en voyant le couple de coréen qui nous suit plus bas dans la colline. ''Regarde ça Andréanne, quel homme!'' et en effet, alors que la copine monte avec tenacité le trajet tortueux, le garçon est juché sur l'animal, se laissant balancer mollement au rythme du cheval. Franchement, il pourrait au moins se donner un peu de tonus et prendre un semblait d'air de conquérant s'il est pour ''chevaucher'' jusqu'au sommet de la Gorge! En tout cas, nous nous promettons que si nous sommes pour faire appel au porteur, nous aurons l'air un peu plus ''cowgirl'' du rodéo que ''clown tout piteux qui vient de se faire ramasser par le taureau''!



Contre toute attente, la partie difficile du trajet que nous venons de compléter n'est en fait que l'apéritif des 28 bends et c'est une affiche sur une vieille cabane de bois qui nous annonce la bonne nouvelle: ''Have a rest before the 28 bends!''. Meeerde on est pas rendues! Heureusement, sous la cabane de bois se trouve une petite vendeuse qui nous présente sa marchandise: ''Water, Juice, Gatorade, Coca-Cola, Marijuana, ...''. ''Excuse-me, WHAT?'', je la dévisage avec incrédulité alors que je remarque l'immense sac de pot qui trône sur sa table. ''A gatorade will be plenty, thank you.. dealer lady''. Maintenant n'allez pas croire que je ne peux pas apprécier un bon party quand j'en trouve un, mais franchement madame, FRANCHEMENT! Nous n'arrivons pas à comprendre dans quel état second de douleur il faut être rendu pour vouloir fumer un gros joint dans cette randonnée, l'effort physique seul aurait raison de vous probablement... et je ne veux rien assumer ici, mais je me doute que ma mère sait de quoi elle parle, elle a quand même été ado dans les années 1970!! En tout cas, nous refaisons le plein d'électrolytes quand notre ''suiveux'' refait surface, mais cette fois-ci avec un ultimatum. ''So, you take the horse or no!? If no, I don't go... you walk''. Humm alors il veut la jouer comme ça et forcer notre décision? Ma mère sur un ''high'' de Gatorade décide qu'elle veut tenter sa chance et nous le remercions pour son aide en le renvoyant plus bas sur le sentier pour se trouver d'autres victimes potentielles de la piste. ''Not today man, not today!''.


Et c'est reparti! Ajustant notre canne (en passant, c'est le meilleur achat de notre voyage et je pense même l'encadrer pour la remercier de ses loyaux services...) nous nous lançons dans les ''Bends'' qui sont en fait un série de tournants très à pic dans un sentier qui serait sinon à la verticale et probablement équipée d'une échelle. Petite bouchée par petite bouchée, nous affrontons chacune des courbes avec détermination, gardant un oeil sur le chemin accompli et ce qu'il reste à gravir. Ma mère qui est bien silencieuse se manifeste finalement après quelques minutes avec un commentaire des plus désopilants: ''Andréanne...ouf...ouf.. tu sais ce qui est le mieux de ne plus avoir le porteur... ouf...ouf...'', ''Non quoi?'', ''Je n'ai plus...ouf...ouf... son maudit cheval... ouf...ouf... qui me respire dans les aisselles!''.  Et nous rions de bon coeur pendant toute la courbe suivante.

Ça fait maintenant une bonne heure que nous avons débutés les ''bends'' et je me doute bien que nous sommes presque au bout de nos peines. Évidemment tout est relatif parce que pour une jeune femme de mon âge et de ma forme physique, l'effort est constant mais je respire normalement et le brûlement dans les muscles est minimal, tandis que pour ma mère, qui est aussi en excellente forme physique (mais qui n'a plus vingt ans!), l'effort est un peu plus ardu, mais son ascension est régulière et les arrêts fréquents nos permettent de terminer cette partie du chemin sans s'exténuer. La raison pour laquelle je vous dis tout ça c'est qu'en lisant sur le Tiger Leaping Gorge, j'ai trouvé le récit d'un groupe d'adultes dans la cinquantaine qui ont fait le même parcours... à cheval... et en pensant y laisser leur peau.  J'étais donc plutôt découragée, mais ne vous inquiétez pas, si vous vous gardez moindrement en forme¸ ne fumez pas 10 paquets par jour ou avez un fétiche pour Ronald McDonald, vous arriverez à destination... éventuellement!




C'est donc après la torture des 28 bends que nous sommes finalement arrivés à l'endroit exact de la légende du Tiger Leaping Gorge. Selon les histoires chinoises, un tigre voulant se sauver d'un prédateur aurait sauté d'un côté à l'autre de la rivière (Ahh ces chinois, ils exagèrent toujours tout!) et serait atteri sur la roche au sommet du parcours. Malheureusement pour nous, il fallait de nouveau payer pour s'approcher du précipice, mais le vent tourbillonant qui menaçait de nous faire plonger dans l'abysse nous a découragés de s'aventurer sur la fameuse roche. Après tout, nous avions survécu les 28 bends et 10 minutes de célébration... ce n'était pas suffisant! Nous avons donc commencé à tranquillement redescendre à travers la forêt de bambou pour trouver notre auberge pour la nuit. Cette partie du trajet était définitivement moins dramatique que le début de la piste, mais nous étions bien contente de pouvoir nous cacher un peu à l'ombre pour récupérer. De petites collines en petites collines, nous traînions de plus en plus nos bottes, espérant voir le village à chaque tournant. Et après une somptueuse vallée couverte de plants de thé (ou de pot... maintenant je ne suis plus certaine) elle était finalement là, notre auberge ''Half-Way Guesthouse'': l'endroit où nous allions pouvoir finalement retirer nos souliers!

Courant pratiquement jusqu'à la petite bâtisse, nous sommes arrivés nez à nez avec l'affiche de l'auberge: ''Tea horse guesthouse''... mais... mais... ce n'est pas le ''Half-way Guesthouse''! Et bien non et comme par un tour de magie sadique, une inscription sur une roche à nos pieds a terminé d'enfoncer le couteau bien profondément dans la plaie: ''Half-way GH, 2 hours this way!''.  AARRGGGG...

C'est donc en ne voulant pas laisser la majorité du parcours pour le lendemain qui nous avons repris nos bâtons de marche, terminées nos bouteilles d'eau et marchées les 5 kilomètres suivants jusqu'à l'auberge avec détermination. Franchement, je n'ai jamais été aussi contente de voir un bed and breakfast chinois de toute ma vie! Les chambres du Half-Way Guesthouse sont construites autour d'une magnifique cour intérieure et leur balcon avec vue sur la gorge fait assurément oublier toute la douleur de la journée. La vue... et la géante bière bien sûr! Nous avons donc dévorés avec appétît un repas graisseux, troquant le steak frites de nos rêves pour des nouilles chinoises, mais l'effet sur notre estomac criant était le même.




Euphoriques, nous nous sommes installés tout près de la rambarde pour regarder le soleil se coucher sur la Gorge, remerciant silencieusement notre bonne étoile de partager ce moment ensemble. Dans une vie, la majorité des gens se souviendront seulement de quelques moments magiques avec leurs parents (leur mariage, quelques anniversaires, ...), mais moi, j'ai bien peur de ne jamais pouvoir décider lequel est le plus spécial!

***
Trois heures du matin.  Je suis partiellement réveillée par des bruits venant de la salle de bain. Derrière la porte, ma mère se tord de douleur, camouflant avec peine ses gémissements. Tirée d'un sommeil trop profond, je succombe de nouveau à la fatigue tout en pensant avec horreur que le seul moyen de redescendre la montagne est comme nous l'avons monté... à pied.

1 comment:

  1. "Dans une vie, la majorité des gens se souviendront seulement de quelques moments magiques avec leurs parents (...), mais moi, j'ai bien peur de ne jamais pouvoir décider lequel est le plus spécial!"
    Ça fait de toi une sacrée chanceuse ça ! Je m'en réjouis.

    Argh, tu ménages vraiment ton suspens, qu'est-il donc arrivé à ta mère ? Des crampes ? Repas chinois mal reçu ? Bière frelatée ???
    (Déjà, vous en êtes sorties vivantes toutes les deux... je peux m'accrocher à cette idée.)

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