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Thursday, May 31, 2012

Lijiang: Porte à porte

On pourrait facilement penser qu'une ville qui vit exclusivement du tourisme comme Lijiang et qui est composée d'un mélange d'hôtels et de restaurants ferait de ma recherche pour une nouvelle chambre un jeu d'enfants... détrompez-vous! Oui à Lijiang il y a plusieurs hôtels, mais des hôtels pour les étrangers, beaucoup moins et j'ai bien vite compris que c'était un détail important!

C'est donc avec espoir de nous dénicher un logement rapidement que je laisse ma mère dans le salon du Garden Inn avec tous nos bagages pendant que je vais marcher les rues pour nous trouver une meilleure chambre. Évidemment la chance aura voulu que le seul moment du voyage où notre choix d'auberge était crucial, nous sommes tombées sur le motel ''zéro étoile'' qu'est le Garden Inn... remarque qu'il en avait peut-être jadis une, mais elle s'est sûrement décollée en même temps que la tapisserie dans notre chambre! En cette fin de journée, il n'y a que très peu d'activités qui remplaceraient le porte à porte au top de ma liste de ''Choses que je n'ai pas envie de faire après 25 kilomètres de randonnée''...  mais un seul regard vers la petite ménine piteuse qu'est devenue ma mère suite à son face à face avec le TGV ''Gastro'' me redonne un petit regain d'énergie. Cette journée est véritablement interminable (je vous rappelle que nous sommes réveillées depuis au moins 5h du matin alors que nous étions toujours au sommet de la montagne!) donc en croisant mes doigts, je décide de tout simplement traverser la rue et de m'essayer à l'hôtel juste en face du Garden Inn. Ne sait-on jamais!
Regard de frayeur, la jeune patronne de l'hôtel m'aperçoit dans la porte - Tel le gros Yéti que je suis, recouverte de poussière de roche et sentant fortement l'effort physique en altitude - et accourt immédiatement pour me poser quelques questions. Je lui indique que ma mère est malade et que nous avons besoin d'une bonne chambre alors elle ne fait ni une, ni deux et m'amène avec excitation dans la suite nuptiale... Bon, ce n'est pas que ma mère n'apprécierait pas le gigantesque bain tourbillon qui fait le 3/4 de la pièce, mais l'idée de tremper dans de l'eau tiède pendant des heures n'est sûrement pas sa priorité en ce moment! Ne perdant pas espoir, la jeune femme me guide vers une autre pièce où je découvre que ce que je pensais être une originalité de la suite nuptiale est en fait la norme dans la plupart des chambres chinoises: Il n'y a pas de porte pour la salle de bain! Certains endroits installent un petit rideau pour cacher le bol alors que d'autres préfèrent carrément laisser la pièce à aire ouverte, enfin une minorité installe même un mur complètement vitré qui expose toute la toilette aux habitants de la chambre... Grrrr! C'est qu'ils sont kinky ces Chinois! Mais rappelons-nous quand même que ma mère a la gastro et une porte pour la salle de bain est vraiment le prérequis minimal à notre cohabitation...  Il y a toujours bien des limites à ce que mes pauvres yeux peuvent endurer dans ce voyage!

Enfin, j'abandonne la petite auberge de l'amour - qui doit sûrement avoir des chambres à l'heure - et m'aventure plus profondément dans la ville. D'auberge en auberge, personne ne semble vouloir accueillir les étrangers et je ne comprends que beaucoup plus tard qu'ils doivent en fait se procurer un permis pour pouvoir accepter des touristes étrangers. Chaque nouvel endroit que je visite me retourne dans mes culottes avant même que je ne puisse ouvrir la bouche. Après une heure de recherche, j'ai chaud, je pue et j'ai VRAIMENT hâte de pouvoir finalement m'asseoir. Il ne me reste que deux endroits à visiter dans notre partie de la ville alors je prends une chance. Dans le premier établissement, je me fais immédiatement attaquer par deux énormes chiens blancs qui ne font ni une, ni deux et se ''squeezent'' le visage profondément dans mon entre-jambes pendant que je tente de me débattre et d'expliquer ma situation au patron. Évidemment, il trouve la scène bien drôle, mais ses cabots obsédés sexuels m'obligent à battre en retraite avant même de pouvoir poser mes questions. À la grosseur des animaux, s'ils se mettent à me zigner la jambe, ils vont sûrement la fracturer et ce n'est pas un risque que je suis prête à prendre! Découragée, j'entre dans la dernière auberge où je suis tout de suite accueillie par, ce que je crois être, mon premier transsexuel chinois. La/le patron est coiffé(e) comme une femme et porte du maquillage, mais sa voix est profonde comme une vieille corne de brume et elle marche avec une certaine nonchalance très masculine. Elle me montre sa chambre libre et malgré la grande fenêtre qui expose la salle de bain au seul lit, nous pouvons baisser le rideau et fermer la porte alors j'accepte soulagée d'avoir enfin trouvé. C'est quand même étrange cette idée de construite une fenêtre qui donne sur la douche et je tente de ne pas imaginer l'individu louche qui espionne subtilement sa femme qui se lave les cheveux...beurk, beurk, beurkkk!!

Notez le rideau au fond de la pièce... Oui, ''this is where the magic happens..'' beurk!

Finalement, je récupère ma mère au Garden Inn et transporte notre bardas jusqu'à notre nouvelle chambre. Nous avons survécu cette première journée post-gastro et j'espère de tout coeur que nous pourrons profiter un peu de la ville ensemble le lendemain. Lijiang est superbe et nous mourrons d'envie d'en explorer tous les petits racoins.

Mais ce qui est drôle avec les germes, quand on dort dans le même lit qu'une personne malade, c'est qu'ils ont tendance à se déplacer rapidement... 

Wednesday, May 30, 2012

À bout de souffle: Tiger Leaping Gorge, jour 2

De dire que ma mère est blanche à son réveil ne commence même pas à décrire le véritable état dans lequel elle se trouve alors qu'elle sort des draps... elle est pratiquement transparente et se tourne difficilement dans son lit pour attraper un peu d'eau. Elle a assurément passé la nuit à enlacer la toilette et étant donné que le soleil n'est pas encore entièrement levé, je sors de la chambre pour la laisser se reposer encore un peu et réfléchir à la situation à laquelle nous devons maintenant faire face. Elle est malade... très malade.

Je m'asseois sur le balcon de l'auberge, un peu découragée et fait un inventaire mental de ce que nous avons à notre disposition pour aider ma mère à se rendre jusqu'au bout de la piste. Des foulards, un peu d'eau, des pillules pour les courbatures, du tiger balm... rien de bien utile dans sa situation. Voulant traîner le minimum d'équipement sur notre dos, nous n'avons apporté que le nécessaire dans nos sacs et je regrette maintenant amèrement de ne pas avoir pris quelques pillules pour l'estomac... au cas où. Après pratiquement deux semaines au pays, je pensais franchement que nous avions passé à côté des petits virus d'acclimatation, mais le mélange d'effort intense, de chaleur et probablement aussi d'une nourriture douteuse laisse ma mère dans un sale état. Et très franchement, je ne sais pas quoi faire et ça m'inquiète beaucoup.

Je retourne donc à la chambre et encourage ma mère à venir boire un thé pendant que je prend mon déjeuner. Elle arrive difficilement à absorber le peu de liquide tiède qui se trouve dans sa tasse et c'est ce qui m'inquiéte le plus. J'ai peur qu'elle se déshydrate et qu'elle tombe de fatigue dans la piste... je ne pourrais sûrement pas aller chercher de l'aide avant plusieurs heures. La situation est extrêmement merdique.

Finalement, elle retrouve un petit regain d'énergie et nous partons de nouveau (franchement, nous n'avons pas vraiment le choix...) pour compléter les 7 ou 8 kilomètres restant du trajet. De ce côté de l'auberge, la piste change du tout au tout. Comme si c'était une métaphore de l'état de l'estomac de ma mère, le chemin est poussiéreux, creusé dans la roche et on imagine difficilement que la veille nous étions au beau milieu de vallées luxuriantes et de forêts de bamboo. On dirait carrément qu'on se promène dans le désert du Nevada et c'est plutôt intéressant. En chemin nous croisons même un troupeau de chèvre autonome (et par autonome je ne veux pas dire qu'ils gagnent leur vie en travaillant au village, mais plutôt que leur guide n'est nulle part en vue...) qui s'amuse dans les nombreuses crevasses. Après environ un kilomètres, nous aboutissons dans un autre petit village où nous remarquons un vieille homme qui nous lance un petit sourire gêné en s'appuyant sur la porte de l'étable. Un bruit déchirant provenant de l'intérieur fent l'air: ''OOUYYYYYYIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIII''. Yark, yark, YARKKK! On égorge un cochon ''en direct''!! C'est complètement dégueu et je tente de retenir mon imagination qui me dit que ça ressemble presqu'au cri d'un humain... ''Ta gueule imagination!!''. En fait, je trouverais plutôt ça pitoresque si ma mère n'était pas ''Fifty Shades of Green'' en ce moment... Vite, nous continuons notre chemin pour mettre le cri du cochon le plus loin possible derrière nous.



Ce n'est que quelques minutes plus tard, que notre randonnée tourne en véritable enfer pour ma pauvre mère... en gros, en anglais: ''All hell breaks loose''. Entre deux photos, ma mère se fige, me regarde totalement alarmée et me dit: ''Oh mon dieu Andréanne, vite je dois me cacher derrière la roche''... afin de conserver un peu de romantisme pour mon pauvre père qui lira sûrement ce blogue, je vous demande de penser à un volcan en éruption et la lave qui coule comme image de ce qui se produit véritablement en plein air... au beau milieu de la piste. Disons seulement qu'il y a un rocher dans le Tiger Leaping Gorge qui ne sera plus jamais le même... Pour commenter la situation avec humour, je cite ma soeur Amélie dans un courriel qu'elle nous a envoyé quelques jours plus tard: ''En fait, Andréanne, tu diras à maman que si elle devait VRAIMENT choisir un endroit pour avoir la gastro en plein air, le Tiger Leaping Gorge est vraiment un excellent choix!''.

Sans grande surprise, ma mère semble maintenant plutôt ravigorée et m'encourage à continuer notre randonnée de plus belle. Moitié traumatisée - moitiée inquiète, je lui offre de prendre son sac, mais elle affirme qu'il l'aide à conserver son balan.. et de tomber dans la gorge serait franchement de mauvais goût après tout ce que nous avons vécu alors j'accepte sans trop rouspeter. Heureusement que le paysage époustouflant arrive à nous changer les idées et nous nous perdons dans nos pensées en suivant le chemin qui ne fait que descendre.


Quelques minutes plus tard, nous voyons de l'autre côté de la crevasse une chute d'eau qui déborde sur la piste et continue son chemin plus bas dans la falaise... jusqu' à la Gorge. Il n'y a d'autres solutions que de la traverser et nous mouillons nos souliers bien volontières afin de nous éparger une baignade tragique dans la paroie rocheuse. Très franchement, c'est la première fois du trajet que je ressens une petite inquiétude pour notre sécurité et je m'assure que ma mère, dans son état second, place bien sa canne dans les flaques d'eau pour sécuriser son passage. Mais sans trop de problèmes nous sommes maintenant de l'autre côté et devont nous jucher sur des roches pour laisser un troupeau (OUI UN TROUPEAU comme dans une bonne vingtaine!) de chevaux nous dépasser sur la piste. Il ne nous reste que 2 ou 3 kilomètres à franchir avant d'atteindre Tina's Guesthouse, notre but final de la randonnée et nous continuons à marcher avec détermination.



La piste est maintenant plutôt escarpée et nous prenons notre temps pour bien placer chacun de nos pas sur la rocaille mouvante du trajet. C'est presque plus difficile de descendre dans ces conditions que d'escalader les 28 bends et lorsque nous croisons un groupe de touriste de l'âge d'or en sens inverse, nous nous demandons s'ils savent vraiment ce qui les attendent. ''God Speed my friends... god speed!''.  Si je peux vous donner un conseil c'est franchement de faire la randonnée de Qiatou à Walnut Grove et non le trajet inverse... c'est vraiment plus difficile. Et attendez-vous à passer une majorité de la randonnée enfouie jusqu'aux chevilles dans la merde de ''Seabiscuit''... on ne le mentionne jamais assez, mais la quantité de purin dans cette piste est Olympique.  Enfin, après avoir traversé un grand champ, nous amorçons notre dernière descente jusqu'à Tina's Guesthouse au grand soulagement de ma mère qui a sans contredit fourni un effort surhumain. À mon avis, elle devrait être homologuée dans les Records Guiness parce que ça prend vraiment une femme d'exception (et très courageuse) pour pousser son corps révolté et débordant de gastro à travers un tel défi.

Nous rejoignons l'auberge avec entrain, nous renseignant sur le départ du prochain bus pour Lijiang et heureusement, ils offrent de nous y amener pour un prix modique et dans une van privée. Alors que ma mère se repose sur un des divans de la salle à manger, je m'installe dans un coin et laisse mes émotions contradictoires se confronter. Évidemment, j'aime ma mère de tout mon coeur et je veux qu'elle puisse retourner en ville le plus vite possible pour se soigner, mais le petit côté égoiste de mon cerveau insulte le ''destin'' avec ferveur de nous avoir mis dans une telle situation et me force aussi à faire la paix avec le fait que je n'atteindrai jamais la fin de la piste du Tiger Leaping Gorge (il doit rester encore un bon 5 kilomètres à monter et descendre jusqu'à Walnut Grove). Contre moi, je suis véritablement en deuil et me déteste de me sentir déçue de ne pas pouvoir compléter notre randonnée... Après tout, ma mère a déjà fait un effort herculéen pour se rendre jusqu'ici, mais si seulement elle était en plein forme, nous pourrions peut-être terminer la piste... Étant donné qu'il nous reste un bon 3 heures à attendre et que ma mère dort tranquillement dans un coin de la salle à manger, je décide de faire un autre petit bout du chemin seule et pars de nouveau sur la piste qui mène maintenant directement au Yantze qui coule dans la Gorge. Après avoir payé d'autres frais pour effectuer le prochain bout de la piste, je me retrouve devant une suite interminable d'escaliers inégaux menant jusqu'à la rivière brune qui rugit au fond du précipice. Gardant un oeil sur ma montre, je commence à affronter les escaliers, mais avant d'atteindre le fond de la Gorge, je décide de revenir sur mes pas... Je n'ai toujours pas dîné et mon niveau d'énergie est à son plus bas. Le stress de devoir s'occuper de ma mère me pèse et je ne veux pas ambitionner sur mon corps déjà fatiguée. D'une certaine manière, cette petite excursion en solo me console, car même en pleine forme, ma mère n'aurait probablement pas eu assez d'énergie pour naviguer les marches traîtres de cette descente en tout sécurité, alors je me fais tranquillement à l'idée que Tina's Guesthouse aurait été notre ligne d'arrivée... maladie ou non.

Je rejoins l'auberge soulagée de mon escapade et retrouve ma mère toujours endormie près du feu. Je me sens coupable de l'avoir laissée seule, mais j'avais besoin d'un moment en solo pour faire la paix avec mes sentiments. Oui, terminer le Tiger Leaping Gorge était un de mes rêves, mais la santé de ma mère aura toujours priorité sur mes ambitions. Nous avons débuté ce voyage ensemble et nous le terminerons de la même manière.. et ça me donnera une bonne excuse pour y retourner un jour!!

Vers 3h, le conducteur de l'auberge nous guide vers son SUV pour nous conduire jusqu'à Lijiang. Heureusement pour nous, nous partageons le transport avec deux australiennes dans la quarantaine qui ont bien remarquée à Tina's que ma mère n'était pas en top forme et une d'elle nous apprend qu'elle est infirmière et qu'elle peut nous donner des cachets contre la gastro! Ouf... je suis tellement soulagée de ne pas devoir prendre toute la situation en main et je laisse notre nouvelle connaissance s'occuper des détails médicaux. J'informe tout de même le conducteur que ''my mother is not well... please drive cautiously'' et la peur de salir son véhicule dicte sans aucun doute sa conduite prudente jusqu'à Lijang.

... mais nous ne sommes pas au bout de nos peines. L'auberge de Lijiang est toujours infecte et d'amener ma mère dans la petite chambre crado est inacceptable! Je dois nous trouver un meilleur endroit pour dormir, mais où?!   

Tuesday, May 29, 2012

La tête qui tourne: Tiger Leaping Gorge, Jour 1

Comme prévu, en sortant de l'auberge où nous avons dîné, notre guide nous attend avec son cheval et reprend sa position à quelques mètres derrière nous alors que nous nous remettons en chemin. Heureusement pour notre digestion, les premiers kilomètres de la deuxième partie du trajet sont pratiquement sur le plat, gardant environ la même altitude que le Naxi Guesthouse. Nous ne faisons que nous promener le long de la chaîne de montagne, entrant et sortant des crevasses ce qui nous permet tout de même de réchauffer nos muscles avant les 28 bends. C'est plutôt difficile à décrire, mais du côté de la piste, la Gorge est appuyé sur une chaîne de montagne ce qui fait que pour couvrir du terrain, le marcheur traverse des dizaines de petites collines sur le chemin qui les longent à l'horizontal. Un peu comme les dents d'une scie, après être arrivé au bout d'une colline, on ne découvre ce qui nous attend qu'après avoir tourné le coin... c'est plutôt excitant et ça nous garde sans contredit en haleine!


En début d`après-midi, quand le soleil commence à prendre un peu de répit, la piste se met à grimper considérablement et nous nous doutons bien que nous devons approcher des ''bends''. Le terrain change aussi du tout au tout; ce qui était auparavant un peu de poussière et de la verdure se transforme maintenant en énormes roches et buissons séchés. En me retournant une seconde pour regarder ma mère couverte par son châle qui suit à l'arrière, j'ai un flash: ''Maman, sais-tu que quand j'imagine le temps de Jésus (ce qui n'arrive quand même pas trop souvent entendons-nous...) c'est en plein ce que je vois?!''. Des buissons tout secs, de la poussière de roche, un soleil de plomb, une femme sous un foulard qui se débat pour monter une grosse côte sous l'oeil attentif de son canasson. C'est franchement biblique tout ça et c'est suffisant pour me faire oublier la chaleur et rire dans ma barbe pendant les longues minutes suivantes jusqu'au prochain plateau. ''Christiane de Nazareth'', splendide! Alors que nous croyons déjà affronter le pire obstacle de la montagne, le porteur se penche vers moi pour me demander pour la 1000e fois, si je suis CERTAINE que ma mère ne veut pas prendre son cheval. Je m'informe auprès d'elle, mais elle retrouve un regain d'énergie soudain en voyant le couple de coréen qui nous suit plus bas dans la colline. ''Regarde ça Andréanne, quel homme!'' et en effet, alors que la copine monte avec tenacité le trajet tortueux, le garçon est juché sur l'animal, se laissant balancer mollement au rythme du cheval. Franchement, il pourrait au moins se donner un peu de tonus et prendre un semblait d'air de conquérant s'il est pour ''chevaucher'' jusqu'au sommet de la Gorge! En tout cas, nous nous promettons que si nous sommes pour faire appel au porteur, nous aurons l'air un peu plus ''cowgirl'' du rodéo que ''clown tout piteux qui vient de se faire ramasser par le taureau''!



Contre toute attente, la partie difficile du trajet que nous venons de compléter n'est en fait que l'apéritif des 28 bends et c'est une affiche sur une vieille cabane de bois qui nous annonce la bonne nouvelle: ''Have a rest before the 28 bends!''. Meeerde on est pas rendues! Heureusement, sous la cabane de bois se trouve une petite vendeuse qui nous présente sa marchandise: ''Water, Juice, Gatorade, Coca-Cola, Marijuana, ...''. ''Excuse-me, WHAT?'', je la dévisage avec incrédulité alors que je remarque l'immense sac de pot qui trône sur sa table. ''A gatorade will be plenty, thank you.. dealer lady''. Maintenant n'allez pas croire que je ne peux pas apprécier un bon party quand j'en trouve un, mais franchement madame, FRANCHEMENT! Nous n'arrivons pas à comprendre dans quel état second de douleur il faut être rendu pour vouloir fumer un gros joint dans cette randonnée, l'effort physique seul aurait raison de vous probablement... et je ne veux rien assumer ici, mais je me doute que ma mère sait de quoi elle parle, elle a quand même été ado dans les années 1970!! En tout cas, nous refaisons le plein d'électrolytes quand notre ''suiveux'' refait surface, mais cette fois-ci avec un ultimatum. ''So, you take the horse or no!? If no, I don't go... you walk''. Humm alors il veut la jouer comme ça et forcer notre décision? Ma mère sur un ''high'' de Gatorade décide qu'elle veut tenter sa chance et nous le remercions pour son aide en le renvoyant plus bas sur le sentier pour se trouver d'autres victimes potentielles de la piste. ''Not today man, not today!''.


Et c'est reparti! Ajustant notre canne (en passant, c'est le meilleur achat de notre voyage et je pense même l'encadrer pour la remercier de ses loyaux services...) nous nous lançons dans les ''Bends'' qui sont en fait un série de tournants très à pic dans un sentier qui serait sinon à la verticale et probablement équipée d'une échelle. Petite bouchée par petite bouchée, nous affrontons chacune des courbes avec détermination, gardant un oeil sur le chemin accompli et ce qu'il reste à gravir. Ma mère qui est bien silencieuse se manifeste finalement après quelques minutes avec un commentaire des plus désopilants: ''Andréanne...ouf...ouf.. tu sais ce qui est le mieux de ne plus avoir le porteur... ouf...ouf...'', ''Non quoi?'', ''Je n'ai plus...ouf...ouf... son maudit cheval... ouf...ouf... qui me respire dans les aisselles!''.  Et nous rions de bon coeur pendant toute la courbe suivante.

Ça fait maintenant une bonne heure que nous avons débutés les ''bends'' et je me doute bien que nous sommes presque au bout de nos peines. Évidemment tout est relatif parce que pour une jeune femme de mon âge et de ma forme physique, l'effort est constant mais je respire normalement et le brûlement dans les muscles est minimal, tandis que pour ma mère, qui est aussi en excellente forme physique (mais qui n'a plus vingt ans!), l'effort est un peu plus ardu, mais son ascension est régulière et les arrêts fréquents nos permettent de terminer cette partie du chemin sans s'exténuer. La raison pour laquelle je vous dis tout ça c'est qu'en lisant sur le Tiger Leaping Gorge, j'ai trouvé le récit d'un groupe d'adultes dans la cinquantaine qui ont fait le même parcours... à cheval... et en pensant y laisser leur peau.  J'étais donc plutôt découragée, mais ne vous inquiétez pas, si vous vous gardez moindrement en forme¸ ne fumez pas 10 paquets par jour ou avez un fétiche pour Ronald McDonald, vous arriverez à destination... éventuellement!




C'est donc après la torture des 28 bends que nous sommes finalement arrivés à l'endroit exact de la légende du Tiger Leaping Gorge. Selon les histoires chinoises, un tigre voulant se sauver d'un prédateur aurait sauté d'un côté à l'autre de la rivière (Ahh ces chinois, ils exagèrent toujours tout!) et serait atteri sur la roche au sommet du parcours. Malheureusement pour nous, il fallait de nouveau payer pour s'approcher du précipice, mais le vent tourbillonant qui menaçait de nous faire plonger dans l'abysse nous a découragés de s'aventurer sur la fameuse roche. Après tout, nous avions survécu les 28 bends et 10 minutes de célébration... ce n'était pas suffisant! Nous avons donc commencé à tranquillement redescendre à travers la forêt de bambou pour trouver notre auberge pour la nuit. Cette partie du trajet était définitivement moins dramatique que le début de la piste, mais nous étions bien contente de pouvoir nous cacher un peu à l'ombre pour récupérer. De petites collines en petites collines, nous traînions de plus en plus nos bottes, espérant voir le village à chaque tournant. Et après une somptueuse vallée couverte de plants de thé (ou de pot... maintenant je ne suis plus certaine) elle était finalement là, notre auberge ''Half-Way Guesthouse'': l'endroit où nous allions pouvoir finalement retirer nos souliers!

Courant pratiquement jusqu'à la petite bâtisse, nous sommes arrivés nez à nez avec l'affiche de l'auberge: ''Tea horse guesthouse''... mais... mais... ce n'est pas le ''Half-way Guesthouse''! Et bien non et comme par un tour de magie sadique, une inscription sur une roche à nos pieds a terminé d'enfoncer le couteau bien profondément dans la plaie: ''Half-way GH, 2 hours this way!''.  AARRGGGG...

C'est donc en ne voulant pas laisser la majorité du parcours pour le lendemain qui nous avons repris nos bâtons de marche, terminées nos bouteilles d'eau et marchées les 5 kilomètres suivants jusqu'à l'auberge avec détermination. Franchement, je n'ai jamais été aussi contente de voir un bed and breakfast chinois de toute ma vie! Les chambres du Half-Way Guesthouse sont construites autour d'une magnifique cour intérieure et leur balcon avec vue sur la gorge fait assurément oublier toute la douleur de la journée. La vue... et la géante bière bien sûr! Nous avons donc dévorés avec appétît un repas graisseux, troquant le steak frites de nos rêves pour des nouilles chinoises, mais l'effet sur notre estomac criant était le même.




Euphoriques, nous nous sommes installés tout près de la rambarde pour regarder le soleil se coucher sur la Gorge, remerciant silencieusement notre bonne étoile de partager ce moment ensemble. Dans une vie, la majorité des gens se souviendront seulement de quelques moments magiques avec leurs parents (leur mariage, quelques anniversaires, ...), mais moi, j'ai bien peur de ne jamais pouvoir décider lequel est le plus spécial!

***
Trois heures du matin.  Je suis partiellement réveillée par des bruits venant de la salle de bain. Derrière la porte, ma mère se tord de douleur, camouflant avec peine ses gémissements. Tirée d'un sommeil trop profond, je succombe de nouveau à la fatigue tout en pensant avec horreur que le seul moyen de redescendre la montagne est comme nous l'avons monté... à pied.

Un peu d'air frais: Tiger Leaping Gorge, jour 1

Les deux pieds dans la poussière de roche, nous regardons solonellement la piste du Tiger Leaping Gorge qui serpente graduellement à l'horizon et semble s'étirer jusqu'à l'infini... à perte de vue et dans chacune des collines avoisinantes, nous pouvons apercevoir la mince ligne brune du trajet qui coupe la montagne en deux. ''Euh... on y va j'imagine?!'', je décrète autant excitée que terrifiée par le début de notre ascension. ''On y va!'', me répond ma mère déterminée avant de prendre le premier pas de notre longue marche.

***
En fait, notre périple a commencé il y a maintenant plusieurs heures lorsque nous avons quitté Lijiang dans un mini-bus rempli de touristes à destination de Qiatou. Pour se rendre au Tiger Leaping Gorge, il faut subir 3 heures de tortillage automobile sur des routes à même le roc et espèrer de ne pas rencontrer un autre véhicule téméraire allant dans le sens inverse. Sans trop de surprise, c'est le premier endroit en Chine où nous avons vu des accidents de la route... et ils sont plutôt du type à faire crier aux témoins ''OH MON DIEU!! AHHH, STOPPEZ L'HÉMORRAGIE'', que de regarder curieusement pour trouver la bosse sur la carroserie de la voiture victime. Enfin, si votre petit déjeuner se trouve toujours dans votre estomac à destination, vous sortirez du véhicule comme une bombe voulant tout de suite oublier que vous devrez, éventuellement, retourner à Lijiang par le même chemin. À Qiatou, tous les touristes doivent s'arrêter au bureau de la Gorge et acheter un billet pour la randonnée, ce que nous avons fait pour finalement remonter dans la voiture et conduire les quelques kilomètres restants jusqu'au début de la piste.


Et c'est ensuite sans grande cérémonie que notre chauffeur a ouvert la porte coulissante de la voiture sur le bord du chemin et nous a fait signe de quitter le véhicule. ''Euh... c'est ici?'', je me questionne en observant les fermes qui nous entourent et cherchant un quelconque signe du début de la piste. ''Yes, you go... Yes!'', me dit le chauffeur en gesticulant dans la direction générale du bout de la route. Ah bon, c'est donc là que nous irons! Nous séparant du groupe de touriste aglutiné sur l'asphalte, nous traversons la rue pour suivre un chemin qui passe à l'arrière d'une petite école et à travers les champs. Finalement, nous voyons une pancarte bleu en plastique sur un arbre indiquant ''Tiger Leaping Gorge - Qiatou'' et tant que nous suivons la flèche dans le bon sens, nous devrions nous en tirer... du moins, c'est ce qu'on raconte sur Internet! À travers les champs de riz et derrière les maisons des paysans de Qiatou, la piste sauvage nous transporte au beau milieu de leur intimité et je commence à penser qu'ils doivent en avoir ras-le-pompom des touristes portant des Tilley Hat et habillés de pantalons bruns avec des zippers qui marchent dans leur potager! Mais mes pensées sont interrompues par un bruit étrange: ''Clop...clop....clop...clop''. À quelques mètres derrière nous, un homme nous suit sur la piste à dos de cheval. Dès qu'il voit que je l'ai repéré, il se met à être soudainement très intéressé par ce qui se passe dans le ciel et feint d'avoir du businness équestre très important à traiter plutôt que de s'occuper de nous. Ma mère conclue avec raison qu'il doit être NOTRE petit monsieur à cheval et lui lance un grand ''Ni hao!''. En fait, un des revenue des habitants de Qiatou est le transport de touristes à cheval le long de la Gorge alors au début de la piste, des ''porteurs'' observent les nouveaux arrivages de marcheurs, tentant de choisir avec succès ceux qui risquent de craquer le long du chemin. C'est une lotterie intéressant! Malheureusement pour notre petit monsieur, aujourd'hui ne sera pas son jour de chance, car nous sommes déterminées à marcher tous les 17 kilomètres du premier leg jusqu'au Half-Way Guesthouse.



Nous marchons maintenant depuis presque une heure lorsque le trajet quitte finalement les fermes pour aboutir dans un grand champ surplombant la vallée. Nous nous arrêtons pour prendre des photos à tous les quelques centimètres au grand désespoir de notre ''suiveux'' qui se dit sûrement que ''Dans quelques secondes...oui, oui.. je vois déjà la fatigue qui les gagne... ALLEZ ON CRAQUE MESDAMES!''. À notre gauche, sur des dizaines de kilomètres, une grande vallée verdoyante entoure le Yangtze qui coule rapidement dans son lit. Les montagnes en terrasses de chaque côté du cours d'eau offrent une des vues les plus spectaculaires de la journée. Je profite de notre moment de repos pour discuter avec l'homme à cheval: (Veuillez noter que l'échange est traduit dans votre intérêt, car cet homme était si loin de parler anglais... qu'il parlait presque français!).

- ''Oh your mother, she looks so tired!'', me dit-il en levant un sourcil convainquant.
- ''Oh no, don't worry about her, she's tough!'', que je lui répond du tac au tac.
- ''But it's very hot outside and it would be much better for her to take the horse... much better... you would be a good daughter'', s'essaie-t-il de nouveau en travaillant sur la culpabilité.
- ''Don't worry, we'll let you  know if she needs you... you know maybe.. IF she gets tired...'', je le tente, ne souhaitant pas tout de suite perdre notre guide ou vendre la peau de l'ours trop tôt.

En vérité, l'avantage d'avoir un cheval qui nous renifle dans le cou c'est que dès que nous sommes sur le point d'emprunter le mauvais chemin, je me tourne vers l'homme qui me pointe du menton la direction de la piste. Disons que sans lui, nous nous serions déjà perdues une bonne dizaine de fois avant même de quitter le village! (Et c'est quand même rassurant d'avoir quelqu'un avec nous le long du trajet!)

Vers 12h30 (nous avons quitté Qiatou à 11h30), notre ascension nous mène au premier panorama de la piste aménagé pour les touristes qui nous permet de finalement voir la Gorge dans toute sa splendeur. À maintenant plusieurs centaines de mètres du sol, nous devons nous pincer pour croire la chance que nous avons d'être témoin des forces de la nature en action. Sous les pics enneigés du Jade Snow Mountain, le Yangtze se déchaîne dans la Gorge, se fracassant avec force contre la paroie rocheuse qui ondule à la base des terrasses d'un vert criant. La beauté de la vue est choquante, jamais il ne m'a été donné de voir un paysage si majestueux digne de l'imagination trop fertile d'un rêveur et je me dis que l'effort est plutôt minime considérant la récompense! Notre rêverie est interrompue par une petite grand-mère qui tire sur la manche de mon t-shirt. Elle nous explique que nous devons payer quelques yuans pour prendre des photos le long de la rambarde et voulant éviter une grande discussion inutile, nous lui donnons la maigre somme. À quoi elle réplique tout de suite en prenant ma caméra et nous invitant à poser dans toutes les directions alors qu'elle prend des photos de notre duo avec la vue spectaculaire à l'arrière. C'est donc plutôt une photographe que nous avons payé!


Les deux prochaines heures du parcours sont passés pratiquement en silence alors que nous nous arrêtons à intervalles réguliers pour s'assurer d'avoir LA photo qui représente bien cette partie de la Gorge. Malheureusement pour nous, le soleil commence à sérieusement tapper et parce que quand je ''drop the ball'' dans ma planification, je ne le fais pas à moitié, j'ai complètement oublié de nous apporter de la crème solaire! Tel deux petits Icares trop près du soleil, chaque centimètre de peau exposé aux radiations rougit à vue d'oeil. Je vous jure qu'en approchant votre oreille, c'est presque possible d'entendre le ''Shhiiiisssss....'' que fait la peau en brûlant. Dans un éclair de génie (ouf, je viens de rattraper la balle...), je dis à ma mère de sortir son foulard et de se l'installer sur la tête ''Laurence d'Arabie style'' pour nous protéger un peu. La piste grimpant toujours nous apporte à travers d'autres champs et de plus en plus à flanc de montagne avant de déboucher dans un petit village où nous pourrons dîner. À l'horizon se pointe finalement le Naxi Guesthouse, le premier stop de notre marche et nous entrons dans la cour intérieur de l'auberge avec excitation. À ce point-ci, la nourriture et un peu d'ombre seront bienvenue, et nous prenons place à une table alors que notre John Wayne chinois s'installe un peu plus loin avec sa soupe instantannée. Au moins, nous ne perderons pas notre guide pendant le dîner!


La serveuse nous apporte rapidement du thé chaud, un coca-cola et quelques plats de légumes que nous dévorons avec appétît. Le grand air, ça creuse effectivement et nous n'en sommes qu'au premier quart de la piste! Après s'être soulagées dans une des toilettes turques avec sans doute la vue la plus impressionnante du monde, nous reprenons nos bâtons de marche et retournons sur la piste afin d'atteindre la prochaine auberge avant la tombée de la nuit. Il est maintenant 14h et il nous reste amplement de temps pour se rendre au Half-Way Guesthouse, mais la prochaine section du sentier est les ''28 bends'' - la partie du parcours qui terrifie les marcheurs et fait la réputation du Tiger Leaping Gorge. C'est le aussi le moment qui déterminera si nous pourrons terminer la marche en un seul morceau...

Friday, May 25, 2012

Dali: Rice and Friends... and a very crammed train.

Il n'y d'autres mots pour décrire l'école de cuisine Rice and Friends de Dali que FANTASTIQUE! Si on m'avait dit il y a un an que j'apprendrais finalement à cuisiner (avec succès) quoi que ce soit qui ressemble de loin à de la véritable cuisine chinoise, je vous aurais dit: ''Pfff.. vous êtes complètement fou, ça prend de la magie noire ou une très longue lignée de sang chinois...''. Mais non, sous l'oeil attentif de Luxi, nous avons passé un des moments les plus mémorables de notre voyage en Chine dans sa petite cuisine à ciel ouvert de Dali.

Tel que convenu, elle nous a rencontrées pour la seconde fois devant le Bad Monkey Bar, équipée cette fois-ci de petits paniers en osiers mignons pour les emplettes et nous l'avons suivi jusqu'au marché extérieur de la ville avec beaucoup d'enthousiasme. J'avais déjà fait mes emplettes à maintes reprises au  marché de Shangqiu, mais de pouvoir finalement demander ce que sont les fruits bizarres et autres objets non identifiés marinant dans l'huile épicée était un véritable plaisir. De kiosque en kiosque, nous nous sommes procuré les piments, échalotes, tofus et autres produits frais locaux pour notre cours, tout en permettant à ma mère de s'étonner devant la boucherie à ciel ouvert et les vendeurs de poisson itinérants. Un marché chinois est l'endroit où vous testerez véritablement vos aptitudes à participer à ''Fear Factor'' et si vous êtes trop curieux, perdrez aussi probablement votre appétit... mais il n'y a rien à craindre car Luxi, nous a amenées pour la visite ''spéciale touriste'', laissant de côté les allées où s'exécute la boucherie et l'achat de parties de viande plus savoureuses... aux yeux des Chinois. Malgré tous ses efforts, nous nous sommes tout de même retrouvées face à face avec un amputé chinois sur un skate-board chantant avec force dans sa machine a karaoké pour obtenir quelques dons. En fait, le plus triste dans tout ça, c'est que l'homme semble avoir justement été amputé par la bouchère du coin plutôt qu'à l'hôpital et nous avons de la difficulté à détourner notre regard de son corps ravagé par les brûlures, les cicatrices et autres plaies. Certains mendiants chinois se retrouveront dans leur situation après un cas extrême de brutalité policière, d'autres sont des vétérans mutilés et quelques-uns ont subi des lésions à la naissance et passent leur vie à quêter au coin de la rue, leurs plaies exposés à la vue de tous. Ça brise et lève le coeur en même temps... L'absence d'aide sociale pour les handicapés les forces à dépendre de la générosité de leurs concitoyens, instaurant une certaine loi de la jungle en Chine et me faisant remercier le ciel d'être née au Canada.



Finalement, quand nous avons tous les ingrédients nécessaires, nous retournons à l'école de Luxi, où elle nous amène dans une petite cour intérieure ensoleillée où trois plans de travail complets avec des woks sont installés. Elle profite du moment où sa sous-chef organise nos services pour nous expliquer les différentes huiles et sauces utiles pour la confection de repas chinois authentiques et nous en apprenons des tonnes sur la gastronomie orientale. Au loin, la montagne de Dali surplombe son jardin, nous offrant une vue imprenable à même notre petit plan de travail à ciel ouvert. C'est magique. Après avoir enfilé nos tabliers, nous nous installons derrière nos planches et commençons à couper les légumes pour notre salade froide au tofu. A priori, je ne suis pas tellement une fan du tofu, mais mélangé avec des ingrédients frais et baignant dans une vinaigrette au gingembre, c'est succulent! Nous mangeons avec appétit, remerciant notre bonne fortune d'avoir pris part à ce cours et de nous avoir permis de déguster notre premier vrai bon repas chinois depuis le début de notre voyage.



Ensuite, nous nous mettons au travail pour compléter une recette d'aubergine épicée et de poulet Kung-Pao, sous l'oeil expert de notre chef, qui nous enseigne les subtilités de la variation des températures du Wok. À plusieurs reprises, elle félicite ma mère pour son maniement expert du couteau et j'observe avec fierté les petites bouchées égales qu'elle arrive à produire... comme on dit par chez nous, j'ai encore des croûtes à manger pour atteindre l'expertise maternelle! Concentrées comme si nos vies en dépendaient, nous jouons avec le contrôle du Wok, reculant lorsque l'huile gicle un peu trop proche de nos petits bras, mais prenant un malin plaisir à voir la sauce changer de couleur et enrober les ingrédients dans un résultat salivant. Finalement, nous approchons nos créations culinaires de la table et partageons le fruit de notre labeur en discutant avec Luxi de son parcours. Elle nous raconte ses multiples voyages en Europe et nous avons de la difficulté à croire que cette jeune femme, qui semble n'avoir plus de trente ans, a vraiment vu autant de pays. C'est incroyable! Le ventre finalement bien plein, nous la remercions pour son incroyable cours et lui payons les 150 yuans (20$) chacune pour cette expérience inoubliable. Cette petite après-midi en plein air à Dali restera un des points forts de notre voyage.



Après avoir récupéré nos bagages à l'auberge - un petit pincement au coeur de devoir quitter un endroit si magique - nous nous rendons ensuite au centre-ville de Dali pour attraper un train jusqu'à Lijiang. J'ai très hâte de pouvoir faire partager l'expérience ferroviaire à ma mère, mais lorsque le train arrive finalement en gare, je commence à douter que nous allons bien apprécier notre trajet. Dans chacun des wagons, les fenêtres sont toutes embuées et la condensation coule abondamment dans les vitres... ''YARRRKKK'', crie mon subconscient qui ne se doutait pas qu'il allait devoir entrer dans un sauna chinois cet après-midi. Chacun des compartiments du train est rempli à capacité et même l'arrêt à Dali ne fait pas baisser le nombre de passagers debout dans le véhicule. Je suis ma mère à l'intérieur qui s'arrête net lorsque la foule cesse d'avancer: ''Euh maman, je suis désolée, mais tu vas devoir pousser parce que nous ne nous rendrons jamais à notre siège à cette vitesse..'', et j'ai malheureusement bien raison, car le bouchon de circulation humain est composé des passagers sans billets qui resteront sur leurs pieds jusqu'à Lijiang.

Bien évidemment, quand on atteint finalement notre banquette, les 5 jeunes Chinois qui y sont assis font semblant de ne pas nous voir. ''Qing... wo men de zou! (Pardon, ce sont nos sièges)'', que je leur annonce avec toute l'autorité que j'arrive à imposer alors que je me liquéfie lentement sur le tapis sale du wagon et que je sue du front abondamment. Bzzziibzziiztt (bruit de mouche) - personne ne bronche. Ils décident de tous transporter leur regard vers la fenêtre alors que je m'impatiente... oufff, ils ne savent pas ce qu'ils vont réveiller s'ils ne grouillent pas... et ça arrive, je me transforme en Incroyable Hulk toute rouge alors que je me mets à faire de grands mouvements et à lever la voix pour qu'ils se déplacent. Ne pouvant plus ignorer la bête sauvage dans leur compartiment, ils se lèvent, mais arrivent quand même à squeezer le plus de passagers possible dans le petit trou restant sur notre siège. La bataille est gagnée, mais je dois tout de même écouter la jeune femme devant nous critiquer les ''stupid foreigners'' qui ont pris le siège de leur ami alors qu'elle part dans un très long discours enragé...3....2....1.... Ipod! Tout en écoutant ma musique, je regarde ma mère du coin de l'oeil qui s'empêche difficilement de sortir sa caméra pour prendre quelques photos de notre wagon bondé - Il ne manquerait qu'un gars qui sort sa tête et ses bras par la fenêtre et un fumeur qui nous botche dessus pour violer toutes les lois possibles du train chinois - Enfin, prendre des photos, ne ferait que repartir la vague de commentaires assassins alors nous prenons de grandes respirations jusqu'à Lijiang et se disant que nos pores de peau seront vraiment très bien dilatés à notre arrivée.

''Hallelujah'', la gare de Lijiang est en vue et c'est après avoir laissé une montagne derrière nous à Dali, que nous en découvrons une autre qui surplombe la ville à notre nouvelle destination. Vraiment le Yunnan, c'est incomparable! Mais vraiment, la seule chose qui me passe par la tête à ce moment c'est que nous nous rapprochons de plus en plus du Tiger Leaping Gorge - l'excursion responsable en grande partie de notre visite des terres si reculées de la Chine. Depuis que j'ai lu le récit de J. Marteen Troost ''Lost on Planet China'', je rêve de marcher les sentiers dangereux de la Gorge, mais maintenant que nous sommes si près du but, l'excitation laisse place au doute. Qu'arrive-t-il si ma mère ne peut compléter le parcours ou si elle se blesse en chemin? Aurais-je finalement trouvé un défi que nous ne pourrons affronter ensemble? Comme dirait ma mère ''Soon find out!''... mais pendant tout ce temps, je ne me doute aucunement qu'un obstacle beaucoup plus grand que la fatigue menace notre duo...