Tuesday, May 22, 2012

Kunming: D'une surprise à l'autre

Le ''Lost Garden Guest House'' de Kunming est un véritable havre de paix. Généralement, je n'aime pas semer ce mot ''Peace and Love'' à tous vents, car il m'inspire des odeurs de vieil encens et d'homme barbu en jupe longue qui vous fait la morale sur le sens de la vie... (et dieu seul sait, que je n'aime pas me faire faire la morale!) mais cette fois-ci, le descriptif est parfait. L'auberge est confortablement cachée au fond d'une petite allée, où une impressionnante porte en fer noir sépare ses habitants du branle-bas de combat habituel des ruelles chinoises...si petites soient-elles. Après avoir grimpé quelques marches, nous débouchons sur la réception - un petit bureau au milieu du corridor - et je suis stupéfaite de découvrir que la majorité de l'auberge est à ciel ouvert. Je fais quelques pas vers la balustrade à ma gauche et découvre une cour intérieure où grimpent des vignes en fleurs. Les arômes sont incroyables et le soleil qui réchauffe le tout amène immédiatement un sourire à mes lèves. Tout de suite l'atmosphère nous plaît. Les employés sont décontractés, ça sent la bonne pizza au feu de bois et il n'y a presque aucun bruit. Nous sommes suffisament loin de la rue principale pour ne pas entendre son trafic, mais assez proche pour pouvoir y marcher, c'est génial!

Enchantées, nous suivons la jeune femme de la réception jusqu'à la ''Cat room'' (...oui c'est le nom de notre chambre... oui c'est kétaine, mais bon) et attendons avec impatience le dévoilement pour finalement décider si nous avons fait une bonne affaire. En fait, chaque fois que nous arrivons à une nouvelle auberge, nous nous sentons comme des participantes du ''Price is Right'' qui attendent de voir si leur prix caché sera une merdique machine à faire du jus de carotte (''Qui boit vraiment du jus de carottes pur?? QUI??) ou A BRAND NEW CAR!!  Mais cette fois-ci c'est le gros lot! Nous avons carrément débarqué dans un décormag chinois et nous découvrons avec excitation notre grande douche/toilette vitrée en pierre, nos deux beaux lits et - comble du bonheur - des bouteilles géantes de savon chic pour la douche. Disons que ce n'est pas que nous n'avons pas amené de savon, mais la perspective d'un long voyage de trois semaines nous a fait faire des rations malgré nous... et donc, que mes longs cheveux blonds ont déjà eu des jours plus heureux... mais pas cette fois: Il y aura de la sculpture capillaire au programme ce soir! Nous déposons nos sacs dans la chambre avec excitation et montons au restaurant pour déguster un petit déjeuner bien mérité.


En voyage, je pense que c'est toujours crucial de bien planifier... l'idée de se retrouver dans une ville inconnue sans carte ou programme d'activités m'empêche de vraiment apprécier mon exploration alors généralement j'ai toujours de l'information à revendre, question d'avoir l'embarras du choix, mais pour cette fois nous faisons une exception. Kunming est notre premier stop vers notre visite de Dali et de Lijiang et nous ne resterons qu'une seule journée complète dans la capitale du Yunnan, donc nous décidons exceptionnellement de laisser nos pieds nos guider pour la journée. Une observation des excursions offertes par l'hôtel nous confirme d'ailleurs que tous les principaux points d'intérêts sont à plusieurs heures d'autobus alors nous optons plutôt pour une visite à pied. Étrangement, ils offrent même un tour du ''Dwarf Kingdom'' où de véritables nains chinois vivent dans la joie et l'harmonie pour s'offrir en spectacle aux touristes amateurs de... sensations fortes?! Euh... deux questions me viennent immédiatement en tête: 1) Est-ce qu'ils chantent ''Aiii-yyy, Aiii-ooo, nous rentrons du boulot'' à la fin de la journée et 2) C'est pour quand le ''Foreigner's Kingdom''??  Bref, très peu pour nous merci... il y aurait sûrement quelque chose qui trouverait le moyen de me ferait rire et ça sent l'aller simple pour l'enfer à plein nez!

C'est donc sans véritable destination que nous quittons l'auberge avant le dîner et explorons le lac de Kunming où des centaines de personnes âgées et leurs petits-enfants s'amusent. Dans un coin, ils pratiquent la danse en ligne, dans l'autre le hip-hop alors que certains font de l'exercice et d'autres jouent de la musique. Ça respire la vie et je commence à sérieusement penser à finir mes vieux jours en Chine... en tout cas, ils ne sont pas assis dans une maison de retraite à attendre que leurs enfants les appellent pour leur dire qu'ils ne peuvent pas venir les visiter! Les citoyens du troisième âge chinois sont vraiment beaux à voir, ils s'activent, socialisent et habitent véritablement les espaces verts de la ville! À la sortie du parc, nous arrivons devant une gigantesque barrière et après une courte conversation avec une passante, nous découvrons que c'est l'Université de Kunming. L'abondance de verdure et les vieux édifices en pierre piquent notre curiosité et nous marchons dans les sentiers de l'établissement pour découvrir des ruelles bordées de bambou et des salles de classe rappelant les plus grandes universités anglaises. C'est de toute beauté... et maintenant je me demande franchement ce qui m'a piqué d'aller m'exiler dans le Henan... si seulement c'était à refaire, maintenant je saurais dans quelle ville me diriger! Mais ça ne sert à rien de m'apitoyer sur mon sort car je découvrirai bien vite en revisitant Shangqiu (à venir...), que c'était vraiment la meilleure décision...

Nous sortons du campus sur une rue bordée de boutiques de luxe et après avoir visité un vendeur de vin étranger, nous nous retrouvons dans un ''Anmo-si'', un spa chinois, pour nous faire masser. Pas du tout certaine qu'elle veut se faire triturer par aucun des employés évachés à l'extérieur du commerce ma mère me regarde inquiète, mais après l'avoir convaincu qu'elle ne le regretterait pas, nous laissons notre dos meurtri entre les mains expertes des masseuses et passons la prochaine heure à nous faire pétrir dans notre salon privé. À intervalle régulier, je vérifie que ma mère est toujours vivante et en jugeant par ses onomatopées incompréhensibles: ''Maman, ça va toujours?! Ça fait pas trop mal?!'' et elle de répondre ''HEufuehwshoiefhwei'', je conclue que tout va pour le mieux. Avec la charge que nous devons porter chaque jour, je m'assurerai à l'avenir de nous trouver des massages à intervalles réguliers.

Maintenant que nos cheveux sont dressés tout droit sur notre tête (et ici, je parle de ma mère, car c'est elle qui a les cheveux courts!) et que nous avons le regard béat et le maquillage bien ''beurré'' digne d'un excellent massage, je décide de guider ma mère vers notre première VÉRITABLE bouffe de rue chinoise, des nouilles froides! Après avoir marché quelques blocs, nous trouvons l'endroit idéal dans la forme d'une petite vendeuse accoudée à son kiosque, qui n'attend que des clientes avec impatience. Elle mélange d'une main experte, le concombre, le chou, les nouilles froides, la sauce épicée et la sauce aux arachides alors que je l'observe, la bouche salivante déjà du souvenir affectueux de cette recette particulière. C'est bien le seul plat que je n'ai jamais retrouvé au Canada et ça a toujours été un de mes préférés. Nous prenons donc nos bols et nous assoyons au petit resto à côté pour déguster le tout à travers les mouches et autres saletés qui font partie de la bouffe de rue en Chine. Heureusement, ma mère adore tout de suite le repas, se disant sûrement que si sa progéniture, ayant jadis été plutôt difficile au rayon de la fourchette, mange avec appétit, elle devrait aussi bien aimer son repas!  Après avoir bien rempli notre panse, nous décidons de bifurquer vers le zoo de Kunming pour passer une après-midi en compagnie des animaux exotiques chinois...



Pour ceux et celles qui ont déjà lu mon blogue, vous savez sans doute que les zoos chinois sont l'endroit par excellent pour être traumatisée et le zoo de Kunming ne fait aucunement exception. (...et je pense même que les cages sont encore plus étroites et moins bien aménagées que celles de Nanjing). En tout cas, vous n'avez pas vu le regard désespéré d'un animal tant que vous n'avez pas regardé dans les yeux d'un chameau ''djammé'' dans le coin de sa cage, sur l'asphalte, qui se dit que ce n'est pas ce qu'il avait imaginé quand on lui a montré les pamphlets dans son petit coin du désert du Sahara... mon dieu, ça me donnait réellement envie de courir partout et de libérer les animaux en masse, les jetant dans la faune chinoise de Kunming! ''RUNN!!! YOU ARE FREE!!! NOW SEEK REVENGE!!''. Bref, ça nous faisait quelque chose à faire et ma mère a pu vivre cette expérience particulière de première main, mais c'est vraiment la dernière fois que je vais à un zoo en Chine... c'est promis!

Enfin, nous sommes retournées à l'auberge où nous avons mangé une excellente pizza au four à bois, pour finalement terminer la soirée dans le parc illuminé par les lanternes et les groupes de danse nocture. En effet, les jardins du parc qui étaient, durant la journée, occupés par les groupes du troisième âge, grouillaient maintenant de femmes célibataires et de mères de famille venues se déhancher aux sons d'une musique indienne et suivant les pas de danse d'une ex-star du bollywood (et ici, je veux dire un homme...) plutôt convainquante! L'instructeur se dandinait de gauche à droite - telle la plus sensuelle des danseuses des mille et une nuit - au son aguichant des clochettes indiennes. Inutile de dire que malgré notre effort, nous n'aurions obtenu qu'un maigre C- à ce cours de danse impromptu... il y a quelque chose dans les gênes des Canadiennes qui fait que notre sensualité ne passe pas nécessairement par le mouvement de notre bassin... et ce n'était pas faute d'avoir essayé.

Finalement, nous avons terminé notre journée à Kunming en faisant un peu de shopping pour des bijoux locaux et c'est en cherchant des boucles d'oreilles que nous avons abouti dans une des boutiques les plus saugrenues... Après être entrée dans ce qui semblait être une bijouterie de luxe, ma mère s'est arrêtée net devant le présentoire (où se trouverait normalement les bagues et autres colliers), se tournant vers moi lentement et réprimant une sauvage envie de fou rire. ''Qu'est-ce qui se passe maman? Qu'est-ce que tu as vu?'', et elle de me répondre secouée de ricanement ''Andréanne... c'est (...) des roches!!''. Pardon?! Et bien oui, dans les magnifiques présentoirs en verre étaient exposées des roches.. maintenant, je ne peux malheureusement pas vous expliquer leur origine en raison de mes limitations linguistiques, mais certaines d'entre elles étaient vendues pour des montants chinois astronomiques... jusqu'à au moins 500$ du caillou! Probablement provenant du barrage des trois gorges ou directement du jardin de Mao...  Je peux déjà imaginer l'homme qui rentre chez lui avec la bonne nouvelle:

- ''Chéri, j'ai fait une folie!'', s'exclame-t-il.
- ''Ah oui?!?!'', de répondre la femme s'attendant au pire.
- ''Eh oui, je nous ai acheté une belle roche de ''(insérer ici l'origine de la garnotte...)'', annonce-t-il tout excité!
- ''Ahhhh...'', répond la femme perplexe, ''C'est super... j'imagine''.
- ''Mais il n'y a qu'un seul problème... en rentrant à la maison, je l'ai placée à l'extérieur dans l'entrée... avec les autres roches... et maintenant je ne sais plus c'est laquelle...''.

Et juste comme ça, nous avions trouvé notre but en Chine: Nous devions rapporter des roches des plus profonds confins du territoire pour les vendre à Pékin pour un immense profit... La richesse était aussi simple que ça!

Maintenant illuminées du secret de la fortune chinoise nous nous sommes couchées moins niaiseuses, comme on dit... ou du moins, moins niaiseuses du point de vue chinois! Au moins, jusqu'au lendemain où nous allions nous enfoncer encore plus dans le Yunnan, à 4 heures de route, jusqu'à Dali, la ville des hippies chinois!    

1 comment:

  1. Moi, je bois du jus de carotte. Pour mieux bronzer !
    Quand j'étais enfant, je n'aimais pas ça du tout ! Et puis j'ai évolué. Au début j'aimais pas ça tout seul, et récemment j'en ai bu après des mois sans carotte comme je les aime, mes papilles ont fait "ah ouais, en fait, ça peut être bon" pendant que mon organisme poussait des cris de joie et m'envoyait des signaux de partout du type "ouaiiis enfin !"

    Tu sais ménager ton suspens : j'ai hâte de lire la suite !

    Et un parc de nains, mais ils sont vraiment dingues dans ce pays !

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