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Wednesday, May 23, 2012

Dali: Kumbaya les gars?

Quelque part sur la très longue autoroute entre Kunming et Dali, et juste au moment où nous allons découvrir le punch du film hollywoodien doublé en chinois qui joue dans l'autobus - le normalement ''archi-nul'' acteur d'action chauve préféré de mon père semble d'ailleurs donner sa meilleure performance à vie... grâce au doublage chinois sans aucun doute! - le moteur s'arrête d'un coup sec. ''Merde! Panne d'essence?!'', ''Non, non, il semble juste y avoir un petit bouchon'', me confirme ma mère en penchant sa tête dans l'allée. Mais nous ne parlons pas ici d'un peu de traffic, mais bien d'une ligne de voitures s'étirant sur des centaines de mètres le long de la route longeant la montagne. Les gens commencent même à sortir des véhicules pour s'allumer des cigarettes ou prendre un peu d'air alors je décide, à ce moment-là, de finalement lâcher prise sur mon ambition de pouvoir contrôler chaque aspect de notre voyage. Quelqu'un, quelque part veut tester ma patience. ''Décidemment Andréanne, on a vraiment pas de chance avec nos transports!'', me confime ma mère en rigolant. En effet... Notre journée de transit qui aurait normalement dû se compléter en 4 heures maximum, s'étire maintenant depuis au moins 7 heures et notre modeste déjeuner de yogurt et granola à Kunming semble vraiment très loin.

À l'extérieur du véhicule, nous nous étirons au soleil sur le garde-fou et sommes bien vite rejoint par un voyageur qui partageait notre auberge à Kunming et avec qui nous avions échangé quelques plaisanteries la veille. Il s'appelle Kostas, vient de la Grèce et a fait un arrêt en Chine pendant son ''road-trip'' asiatique. Nous rions ensemble de la situation alors qu'il nous avoue ne pas comprendre la moitié des choses qui se passent autour de lui - ahh comme je sympatise avec lui... - et nous lui donnons quelques clémentines, prenant pitié de son air affamé de ''deer in the headlights'' chinois. Il se dirige aussi vers Dali et notre mésaventures en autobus devient un bon moment de rigolade impromptu entre étrangers. Nous bronzons au soleil pendant qu'à quelques kilomètres plus loin, le police chinoise s'occupe de l'accident. Dans une telle situation, il vaut véritablement mieux accepter le conte-temps pour ce qu'il est: une opportunité imprévue de prendre des couleurs.

Finalement, nous arrivons à la station d'autobus vers 18h30 et je reviens rapidement sur terre en voyant un groupe de chauffeurs/vautours chinois regardant nos sacs à dos dans la soute à baggage avec envie. ''Maman, vite, je dois descendre!''. Étant donné que j'ai rarement voyagé en autobus en Chine et que j'ai fait beaucoup de lecture traumatisante sur le sujet, j'ai toujours la peur de me faire voler mes baggages alors que je suis assise bien tranquillement dans le véhicule en attendant d'arriver à destination. Alors, je ne fais ni une, ni deux et m'empare de nos gros sacs avec détermination sous l'oeil surpris des chauffeurs qui n'ont même pas le temps d'essayer de nous embobinner dans leur arnaque. L'important n'est pas de savoir où aller, mais bien de s'y rendre avec confiance. C'est donc avec le regard bien fixé sur la sortie que nous séparons la foule en ignorant les marchandeurs pour trouver un chauffeur voulant nous conduire jusqu'à l'ancienne ville de Dali. Malheureusement, mon estomac creux m'empêche de bien négocier et nous acceptons un tarif plus élevé espérant quitter cette partie sordide de la ville avant la nuit. Avant de quitter le stationnement, j'éprouve quelques remords de ne pas avoir demandé à Kostas s'il voulait partager notre véhicule, mais j'obtiens une deuxième chance alors que notre taxi passe devant lui pendant qu'il tente de négocier son propre tuk-tuk. ''Kostas! Are you going to the old city? Hop in!'', je lui crie de la fenêtre alors qu'il s'engouffre dans le véhicule avec un grand sourire. ''Thank you so very much guys'', ahhh, il est vraiment super poli et ça me confirme que parfois ça vaut la peine de faire une bonne action!

La partie moderne de Dali ressemble exactement à toutes les autres grandes villes chinoises, mais lorsque nous quittons les édifices intimidants pour suivre le grand lac jusqu'à l'ancienne ville, nous comprenons mieux pourquoi cette ville se classe au sommet du palmarès des sites à voir du Yunnan (et peut-être même de la Chine entière!) . Le long du lac, les murs de la vieille ville se dressent impressionnants et clôturent les anciens bâtiments et leurs habitants dans une cité chinoise enchanteresse. À travers les rues piétonnes, des dizaines de petits cafés aménagés de sofas recouverts d'oreillers arc-en-ciel attirent les touristes sous leurs lanternes de tissus multicolores pour prendre un verre. Mais avant d'explorer les petites boutiques et de rencontrer leurs habitants souriants, nous trouvons finalement notre hôtel. Le Jade Roo/ Jade Emu est une magnifique auberge australienne aménagée dans une cour intérieure ensoleillée et suite à notre séjour incroyable à Kunming, nous ne pouvons croire notre chance. Cet établissement mérite véritablement 5 étoiles et notre chambre propre et spatieuse nous donne envie de déposer nos sacs pour de bon pour joindre la commune! Affamées, nous partageons avec appétît plusieurs plats du menu suivi de deux gigantesques bières alors que la fatigue du transport commence finalement à nous rattraper. Dali est paisible, mystérieuse et nous transporte dans un temps beaucoup plus simple, où la fumée des herbes locales abondantes envoutait les touristes et leur promettait de rejoindre, ne serait-ce que pour un court moment, le mystérieux Shangri-la de James Hilton. Ici, la vie semble réduite à son plus simple appareil: Du plaisir, de la bonne compagnie et aucune responsabilité.

Ce soir-là, nous nous couchons dans notre petit lit douillet sans aucun soucis et en attendant avec impatience le lendemain pour assister à notre cours de cuisine à saveur locale de l'école ''Rice and Friends'' de Dali.  

Tuesday, May 22, 2012

Kunming: D'une surprise à l'autre

Le ''Lost Garden Guest House'' de Kunming est un véritable havre de paix. Généralement, je n'aime pas semer ce mot ''Peace and Love'' à tous vents, car il m'inspire des odeurs de vieil encens et d'homme barbu en jupe longue qui vous fait la morale sur le sens de la vie... (et dieu seul sait, que je n'aime pas me faire faire la morale!) mais cette fois-ci, le descriptif est parfait. L'auberge est confortablement cachée au fond d'une petite allée, où une impressionnante porte en fer noir sépare ses habitants du branle-bas de combat habituel des ruelles chinoises...si petites soient-elles. Après avoir grimpé quelques marches, nous débouchons sur la réception - un petit bureau au milieu du corridor - et je suis stupéfaite de découvrir que la majorité de l'auberge est à ciel ouvert. Je fais quelques pas vers la balustrade à ma gauche et découvre une cour intérieure où grimpent des vignes en fleurs. Les arômes sont incroyables et le soleil qui réchauffe le tout amène immédiatement un sourire à mes lèves. Tout de suite l'atmosphère nous plaît. Les employés sont décontractés, ça sent la bonne pizza au feu de bois et il n'y a presque aucun bruit. Nous sommes suffisament loin de la rue principale pour ne pas entendre son trafic, mais assez proche pour pouvoir y marcher, c'est génial!

Enchantées, nous suivons la jeune femme de la réception jusqu'à la ''Cat room'' (...oui c'est le nom de notre chambre... oui c'est kétaine, mais bon) et attendons avec impatience le dévoilement pour finalement décider si nous avons fait une bonne affaire. En fait, chaque fois que nous arrivons à une nouvelle auberge, nous nous sentons comme des participantes du ''Price is Right'' qui attendent de voir si leur prix caché sera une merdique machine à faire du jus de carotte (''Qui boit vraiment du jus de carottes pur?? QUI??) ou A BRAND NEW CAR!!  Mais cette fois-ci c'est le gros lot! Nous avons carrément débarqué dans un décormag chinois et nous découvrons avec excitation notre grande douche/toilette vitrée en pierre, nos deux beaux lits et - comble du bonheur - des bouteilles géantes de savon chic pour la douche. Disons que ce n'est pas que nous n'avons pas amené de savon, mais la perspective d'un long voyage de trois semaines nous a fait faire des rations malgré nous... et donc, que mes longs cheveux blonds ont déjà eu des jours plus heureux... mais pas cette fois: Il y aura de la sculpture capillaire au programme ce soir! Nous déposons nos sacs dans la chambre avec excitation et montons au restaurant pour déguster un petit déjeuner bien mérité.


En voyage, je pense que c'est toujours crucial de bien planifier... l'idée de se retrouver dans une ville inconnue sans carte ou programme d'activités m'empêche de vraiment apprécier mon exploration alors généralement j'ai toujours de l'information à revendre, question d'avoir l'embarras du choix, mais pour cette fois nous faisons une exception. Kunming est notre premier stop vers notre visite de Dali et de Lijiang et nous ne resterons qu'une seule journée complète dans la capitale du Yunnan, donc nous décidons exceptionnellement de laisser nos pieds nos guider pour la journée. Une observation des excursions offertes par l'hôtel nous confirme d'ailleurs que tous les principaux points d'intérêts sont à plusieurs heures d'autobus alors nous optons plutôt pour une visite à pied. Étrangement, ils offrent même un tour du ''Dwarf Kingdom'' où de véritables nains chinois vivent dans la joie et l'harmonie pour s'offrir en spectacle aux touristes amateurs de... sensations fortes?! Euh... deux questions me viennent immédiatement en tête: 1) Est-ce qu'ils chantent ''Aiii-yyy, Aiii-ooo, nous rentrons du boulot'' à la fin de la journée et 2) C'est pour quand le ''Foreigner's Kingdom''??  Bref, très peu pour nous merci... il y aurait sûrement quelque chose qui trouverait le moyen de me ferait rire et ça sent l'aller simple pour l'enfer à plein nez!

C'est donc sans véritable destination que nous quittons l'auberge avant le dîner et explorons le lac de Kunming où des centaines de personnes âgées et leurs petits-enfants s'amusent. Dans un coin, ils pratiquent la danse en ligne, dans l'autre le hip-hop alors que certains font de l'exercice et d'autres jouent de la musique. Ça respire la vie et je commence à sérieusement penser à finir mes vieux jours en Chine... en tout cas, ils ne sont pas assis dans une maison de retraite à attendre que leurs enfants les appellent pour leur dire qu'ils ne peuvent pas venir les visiter! Les citoyens du troisième âge chinois sont vraiment beaux à voir, ils s'activent, socialisent et habitent véritablement les espaces verts de la ville! À la sortie du parc, nous arrivons devant une gigantesque barrière et après une courte conversation avec une passante, nous découvrons que c'est l'Université de Kunming. L'abondance de verdure et les vieux édifices en pierre piquent notre curiosité et nous marchons dans les sentiers de l'établissement pour découvrir des ruelles bordées de bambou et des salles de classe rappelant les plus grandes universités anglaises. C'est de toute beauté... et maintenant je me demande franchement ce qui m'a piqué d'aller m'exiler dans le Henan... si seulement c'était à refaire, maintenant je saurais dans quelle ville me diriger! Mais ça ne sert à rien de m'apitoyer sur mon sort car je découvrirai bien vite en revisitant Shangqiu (à venir...), que c'était vraiment la meilleure décision...

Nous sortons du campus sur une rue bordée de boutiques de luxe et après avoir visité un vendeur de vin étranger, nous nous retrouvons dans un ''Anmo-si'', un spa chinois, pour nous faire masser. Pas du tout certaine qu'elle veut se faire triturer par aucun des employés évachés à l'extérieur du commerce ma mère me regarde inquiète, mais après l'avoir convaincu qu'elle ne le regretterait pas, nous laissons notre dos meurtri entre les mains expertes des masseuses et passons la prochaine heure à nous faire pétrir dans notre salon privé. À intervalle régulier, je vérifie que ma mère est toujours vivante et en jugeant par ses onomatopées incompréhensibles: ''Maman, ça va toujours?! Ça fait pas trop mal?!'' et elle de répondre ''HEufuehwshoiefhwei'', je conclue que tout va pour le mieux. Avec la charge que nous devons porter chaque jour, je m'assurerai à l'avenir de nous trouver des massages à intervalles réguliers.

Maintenant que nos cheveux sont dressés tout droit sur notre tête (et ici, je parle de ma mère, car c'est elle qui a les cheveux courts!) et que nous avons le regard béat et le maquillage bien ''beurré'' digne d'un excellent massage, je décide de guider ma mère vers notre première VÉRITABLE bouffe de rue chinoise, des nouilles froides! Après avoir marché quelques blocs, nous trouvons l'endroit idéal dans la forme d'une petite vendeuse accoudée à son kiosque, qui n'attend que des clientes avec impatience. Elle mélange d'une main experte, le concombre, le chou, les nouilles froides, la sauce épicée et la sauce aux arachides alors que je l'observe, la bouche salivante déjà du souvenir affectueux de cette recette particulière. C'est bien le seul plat que je n'ai jamais retrouvé au Canada et ça a toujours été un de mes préférés. Nous prenons donc nos bols et nous assoyons au petit resto à côté pour déguster le tout à travers les mouches et autres saletés qui font partie de la bouffe de rue en Chine. Heureusement, ma mère adore tout de suite le repas, se disant sûrement que si sa progéniture, ayant jadis été plutôt difficile au rayon de la fourchette, mange avec appétit, elle devrait aussi bien aimer son repas!  Après avoir bien rempli notre panse, nous décidons de bifurquer vers le zoo de Kunming pour passer une après-midi en compagnie des animaux exotiques chinois...



Pour ceux et celles qui ont déjà lu mon blogue, vous savez sans doute que les zoos chinois sont l'endroit par excellent pour être traumatisée et le zoo de Kunming ne fait aucunement exception. (...et je pense même que les cages sont encore plus étroites et moins bien aménagées que celles de Nanjing). En tout cas, vous n'avez pas vu le regard désespéré d'un animal tant que vous n'avez pas regardé dans les yeux d'un chameau ''djammé'' dans le coin de sa cage, sur l'asphalte, qui se dit que ce n'est pas ce qu'il avait imaginé quand on lui a montré les pamphlets dans son petit coin du désert du Sahara... mon dieu, ça me donnait réellement envie de courir partout et de libérer les animaux en masse, les jetant dans la faune chinoise de Kunming! ''RUNN!!! YOU ARE FREE!!! NOW SEEK REVENGE!!''. Bref, ça nous faisait quelque chose à faire et ma mère a pu vivre cette expérience particulière de première main, mais c'est vraiment la dernière fois que je vais à un zoo en Chine... c'est promis!

Enfin, nous sommes retournées à l'auberge où nous avons mangé une excellente pizza au four à bois, pour finalement terminer la soirée dans le parc illuminé par les lanternes et les groupes de danse nocture. En effet, les jardins du parc qui étaient, durant la journée, occupés par les groupes du troisième âge, grouillaient maintenant de femmes célibataires et de mères de famille venues se déhancher aux sons d'une musique indienne et suivant les pas de danse d'une ex-star du bollywood (et ici, je veux dire un homme...) plutôt convainquante! L'instructeur se dandinait de gauche à droite - telle la plus sensuelle des danseuses des mille et une nuit - au son aguichant des clochettes indiennes. Inutile de dire que malgré notre effort, nous n'aurions obtenu qu'un maigre C- à ce cours de danse impromptu... il y a quelque chose dans les gênes des Canadiennes qui fait que notre sensualité ne passe pas nécessairement par le mouvement de notre bassin... et ce n'était pas faute d'avoir essayé.

Finalement, nous avons terminé notre journée à Kunming en faisant un peu de shopping pour des bijoux locaux et c'est en cherchant des boucles d'oreilles que nous avons abouti dans une des boutiques les plus saugrenues... Après être entrée dans ce qui semblait être une bijouterie de luxe, ma mère s'est arrêtée net devant le présentoire (où se trouverait normalement les bagues et autres colliers), se tournant vers moi lentement et réprimant une sauvage envie de fou rire. ''Qu'est-ce qui se passe maman? Qu'est-ce que tu as vu?'', et elle de me répondre secouée de ricanement ''Andréanne... c'est (...) des roches!!''. Pardon?! Et bien oui, dans les magnifiques présentoirs en verre étaient exposées des roches.. maintenant, je ne peux malheureusement pas vous expliquer leur origine en raison de mes limitations linguistiques, mais certaines d'entre elles étaient vendues pour des montants chinois astronomiques... jusqu'à au moins 500$ du caillou! Probablement provenant du barrage des trois gorges ou directement du jardin de Mao...  Je peux déjà imaginer l'homme qui rentre chez lui avec la bonne nouvelle:

- ''Chéri, j'ai fait une folie!'', s'exclame-t-il.
- ''Ah oui?!?!'', de répondre la femme s'attendant au pire.
- ''Eh oui, je nous ai acheté une belle roche de ''(insérer ici l'origine de la garnotte...)'', annonce-t-il tout excité!
- ''Ahhhh...'', répond la femme perplexe, ''C'est super... j'imagine''.
- ''Mais il n'y a qu'un seul problème... en rentrant à la maison, je l'ai placée à l'extérieur dans l'entrée... avec les autres roches... et maintenant je ne sais plus c'est laquelle...''.

Et juste comme ça, nous avions trouvé notre but en Chine: Nous devions rapporter des roches des plus profonds confins du territoire pour les vendre à Pékin pour un immense profit... La richesse était aussi simple que ça!

Maintenant illuminées du secret de la fortune chinoise nous nous sommes couchées moins niaiseuses, comme on dit... ou du moins, moins niaiseuses du point de vue chinois! Au moins, jusqu'au lendemain où nous allions nous enfoncer encore plus dans le Yunnan, à 4 heures de route, jusqu'à Dali, la ville des hippies chinois!    

Monday, May 14, 2012

Un bus ou un autre c'est pareil!

A priori tout avait bien commencé: nous étions descendues de la montagne jaune et au centre d'accueil, tel que prévu, il y avait un autobus qui nous attendait pour nous ramener à Tangkou. Ce qui n'était pas prévu, c'est que le chauffeur avait d'autres plans que de conduire jusqu'à la ville et qu'il a plutôt décidé de nous déposer à un quelconque terminus d'autobus en chemin. Heureusement, nous n'étions pas seules... il y avait deux jeunes Chinois avec nous, mais lorsqu'ils se sont retournés vers moi pour me dire: ''Is okay! We take you to Hangzhou'', j'avais de la difficulté à le croire. C'est qu'ils ont parfois la fâcheuse habitude de jurer avoir la situation en main et de savoir ce qu'ils font... jusqu'à ce qu'ils se retrouvent à 3h de leur profit, alors que leur cellulaire est mort, qu'ils ont faim, qu'une roche se trouve logée dans leur soulier et qu'ils n'ont d'autres choix que d'avouer qu'ils ne savaient peut-être pas.. trop trop... ce qu'ils faisaient en fin de compte. Et de dire que le terminus d'autobus était repoussant est vraiment trop flatteur pour cette bicoque insalubre, parsemée de quêteux et de crottes de chien qui se trouvaient devant nous. Franchement, il devrait y avoir une pétition à signer pour inclure ce type d'établissement dans les films d'horreur, car ils sont véritablement une source infinie d'angoisse et de frayeur.

Bref, après être descendues du véhicule sous l'oeil impatient du conducteur, qui a gesticulé dans notre direction en s'adressant aux deux gars en mandarin: ''Bon, vous me réglez tout ça les mecs, je dois retourner de toute urgence chez moi fixer le mur beige de mon salon?!'', nous avons suivi nos deux nouveaux amis jusqu'au guichet de l'établissement pour nous trouver des billets. Le jeune m'a alors expliqué qu'il n'y avait pas de bus pour Tangkou, mais que nous pouvions les suivre à Huangshan, où ils nous guideraient jusqu'à Hangzhou. Hummm... et c'est EXACTEMENT dans des moments comme ceux-ci que je ne me réjouissais pas d'être en charge du voyage. Personnellement, je ne m'en voudrais jamais trop longtemps si je me gourais dans mes directions et me retrouvait perdu au beau milieu d'un champ, mais de devoir porter la responsabilité d'une autre personne sur mes épaules me faisait remettre en question mes décisions.

Me retournant vers ma mère, je lui jetai le même regard que j'avais sûrement à 5 ans de ''Maman qu'est-ce qu'on fait'' alors qu'elle se tournait vers moi pour me demander ''Bon! Chef, quelle est la décision?''. -------- Parenthèse ---------- Voilà donc le problème de voyager avec sa mère, car ayant été avec une copine ou un gars, je lui aurais sûrement dit ''C'est ça qui est ça et si on se perd et que t'es pas content(e), t'avais juste à apprendre le mandarin toi aussi, BON!''... et ensuite, j'aurais pu aller pleurer dans les jupes de ma mère qu'on s'était perdue et que c'était terrible, mais en voyageant avec elle, les jupes étaient beaucoup trop proche et je devais résister à l'envie de m'y cacher chaque fois qu'il y avait quelque chose de contrariant! Ça ne serait pas juste pour ma mère qui se retrouverait sans défense en Chine à prendre des décisions à l'aveuglette. Je nous avais mis dans ce pétrin alors je nous en sortirais!------------ Fin de la parenthèse --------

''NOUS IRONS À HUANGSHAN AVEC LES CHINOIS'', m'écriai-je avec détermination, ayant figurativement mouché la morve coulant au nez invisible de petite fille de ma confiance personnelle. Ayant saisi nos billets, nous nous sommes dirigés vers la caravane de gipsy - qu'ils appelaient ''autobus'' dans cette contrée lointaine - où nous avons déposé nos postérieurs sur la banquette tâchée alors que la mémé du rang arrière faisait une crise cardiaque silencieuse en nous voyant. En attendant le départ, le silence entre nous était palpable, ne voulant ni l'une, ni l'autre exprimer la première opinion sur notre moyen de transport. Ma mère a finalement brisé la glace en riant: ''Et bien... c'est authentique!'' ce qui m'a tout de suite fait exploser de rire... et oui, il n'y avait vraiment aucun autre mot pour décrire notre situation, parce qu'entre le travailleur couvert de suie qui nous regardait par la fenêtre (je pensais que les ramoneurs tout noirs ça n'existait que dans les films de Walt Disney!) et la femme qui vomissait son déjeuner devant le véhicule, nous n'aurions jamais pu imaginer un tel scénario de notre propre initiative! Seulement en Chine...


Pout...pout...pout... nous étions parties et nous allions devoir subir les soubresauts de la caravane pendant la prochaine heure et demie, jusqu'à Huangshan. Du coin de l'oeil, je surveillais la femme en prise avec de sévères nausées de peur qu'elle aie une autre explosion de Krakatoa au beau milieu du véhicule, tout en tentant de concentrer mon attention sur la fenêtre, d'où sortait la moitié de mon visage. On dirait qu'on ne veut jamais être témoin de quelqu'un qui vomit, mais on les surveille toujours pour savoir quand ''ne pas regarder''. L'humain c'est con.

Bref, sauf pour l'assistant du chauffeur qui nous criait dans les oreilles (il devait enterrer le bruit du moteur après tout!), nous sommes arrivées sans pépin à Huangshan où la jeune femme du guichet nous a donné des billets pour l'autobus de Hangzhou qui partait... il y a déjà 2 minutes! MEEeeeeeerrrrdddde! Course effrénée dans le terminal pour trouver le bon bus, mais cette fois-ci ce sont les deux jeunes hommes qui nous suivent, l'énervement les rendant incapable de lire leur propre langue pour trouver la bonne porte! Re-bref, nous sommes arrivés à Hangzhou 3 heures plus tard et à notre auberge quelques minutes après ça.

Notre après-midi s'est déroulée comme un charme. Nous avions loué des bicyclettes à l'auberge et en avons profité pour faire un tour du lac en vitesse, coupant la foule de touristes à l'aide de notre véhicule et nous arrêtant à quelques reprises pour prendre des photos des arbres en fleurs. Ce lac était véritablement de toute beauté et même la fatigue de notre nuit à la montagne ou la perspective de notre départ vers le Yunnan du lendemain ne pouvait nous distraire! Après tout, dans quelques heures, nous allions traverser le pays entier pour atterir à Kunming, capitale du Yunnan et province frontalière du Vietnam, du Laos et du Burma. L'excitation ne pouvait qu'être au rendez-vous et même peut-être un soupçon de danger...  En tout cas, notre programme chargé nous en faisait voir de toutes les couleurs.    

Huangshan: L'aube

Biiip, Biiip, Biiip. Il est 4h du matin au sommet de la montagne jaune et notre chambre est toujours plongée dans une obscurité digne du plus profond de la nuit. J'ouvre lentement les yeux du haut de mon lit à deux étages et force mon cerveau à répondre aux questions élémentaires: ''Où suis-je?'', ''Qui suis-je?'', ''Est-ce que les Chinois comptent les moutons ou les yaks pour s'endormir?''... Ayant finalement compris que nous avions volontairement décidé de nous réveiller avant le soleil, pour justement le voir se lever sur les montagnes, je descends l'échelle pour découvrir ma mère assise sur son lit, déjà vêtue de son poncho et prête à sortir la lampe de poche à la main. Tout de suite, je la regarde d'un air de dire: ''Tout va bien du côté musculaire M.Spock?'' et elle de me confirmer tout ça par un mouvement de tête positif... La question est légitime car nous avions quand même marché plusieurs kilomètres la veille et la possibilité qu'elle ne puisse pas se déplier faisait partie de nos pires scénarios. Mais non, comme une poulette de vingt ans, elle est prête et en quelques minutes, nous valsons sur la pointe des pieds autour de la chambre en nous préparant pour ne pas réveiller nos colocs chinoises endormies. Finalement, nous saisissons nos sacs à dos, déterminées à affronter les sentiers traîtres de Huangshan à la noirceur... et qui sait, peut-être aussi les bestioles qui s'y cachent!

À l'extérieur de la chambre, l'air frais se faufile à l'intérieur de notre manteau et nous réveille instantanément. Dans le ciel, une lune presque pleine baigne tout ce qui nous entoure d'un reflet bleuté et nous semblons transportées sur une tout autre planète. Les arbres, les roches, le vide si proche de nous prennent une tout autre allure; il n'y a plus aucune profondeur au paysage, nous regardons un décor en 2D. Tout est silencieux autour de l'hôtel et nous continuons à chuchoter en marchant, nous sentant comme des intrus dans la nuit tranquille de la montagne. Pour la première fois en plusieurs jours, en levant la tête vers le ciel chinois, nous aperçevons quelques étoiles qui se sont frayé un chemin à travers l'écran de nuage perpétuel. Notre cerveau prend quelques secondes à réaliser que les astres, vus de cette position sur la terre, ne sont pas à leur endroit habituel et cette constatation m'amuse - une autre preuve que je suis véritablement de retour de l'autre côté de la planète. Nous empruntons le chemin pavé à gauche de l'auberge, rigolant de notre maladresse et de nos lampes de poche d'hygiénistes dentaires qui ne font que confondre notre vision nocturne encore plus. (Disons que dans un film d'horreur nous ne ferions pas long feu... courant probablement à toute vitesse vers l'arbre le plus proche, un minuscule faisceau lumineux s'agitant frénétiquement dans la forêt) Les marches sont inégales et à peine assez grandes pour nos pieds alors nous grimpons avec prudence. En fait, depuis quelques semaines avant notre départ, ma mère a cette peur bleue qu'elle va glisser sur un quelconque crottin chinois et endommager une partie de son corps, alors l'importance d'y aller lentement est notre priorité.

Notre but est d'atteindre un des sommets de Huangshan avant le lever du soleil et de nous y installer pour être témoin de l'arrivée du jour sur les montagnes. Ne nous contons tout de même pas d'histoire, avec la brume de la veille, il n'y a aucune chance que nous voyions le soleil, mais nous considérons notre ascension comme un petit rituel - nous avons fait l'effort de nous lever à une heure indécente et comme récompense nous sommes finalement seules avec la montagne, nos pensées et le bruit poétique de nos pas... Andréanne: ''Ok maman ça monte... ouch... maudite roche... attention...'', décidément que de paroles touchantes!

Après une bonne centaine de marches, nous débouchons sur un petit plateau où nous pouvons profiter d'une vue à 360 degrés des montagnes toujours plongées dans l'obscurité. Feignant un petit pique-nique nocturne, nous sortons nos couvertures à carreaux et nous nous installons confortablement pour attendre le spectacle. ''Krrrrrrreeererererer (râclement de gorge)...'' comme de fait, un Chinois est bien souvent plus rapidement entendu que vu et ce bruit guttural de compétition nous annonce que nous aurons bientôt de la compagnie. (Il ne l'avouera jamais, mais je suis certaine qu'il voulait entendre l'écho de son bruit de gorge dégueu en cachette.) ''Oh ho ho Laowaiii!!'', s'écrit-il tout excité de sa chance... eeeeeet sur ce, telles des mouettes effrayées près d'une poubelle, nous irons nous asseoir un peu plus loin.




 Finalement, le paysage change. Très lentement, quelqu'un... quelque part... se met à lever le ''dimmer'' du soleil et la clarté gagne tranquillement du terrain sur les montagnes. Tel que prévu, il n'y aura pas de soleil, mais nous sommes tout de même témoins d'un phénomène étrange: De gros amas de nuages blancs se mettent à s'enrouler autour des rochers comme le feraient d'immenses reptiles et circulent autour des pics en quelques secondes. Le mouvement des vagues de nuages est étonnant et rapide et le mélange d'air froid et chaud provoque même une montée à la verticale de la brume juste sous nos yeux. Si proche, que nous pourrions presque la toucher... Le surnom ''Floating Mountains'' de Huangshan prend tout son sens et c'est spectaculaire.

Nous restons plusieurs minutes à observer l'horizon et les changements qui s'y produisent, mais nous nous mettons ensuite en marche pour profiter du calme dans les sentiers de ce début de journée prometteuse. Dès que nous effectuons notre première descente à travers les nuages, nous nous retrouvons prises entre les courants froids et chauds et les nuages volant sous notre nez. À perte de vue, les montagnes de Huangshan se dévoilent aussi, finalement sorties de leur brume de la veille et s'étirant sur plusieurs kilomètres.

Tout cela pour dire qu'à 8h du matin, nous étions déjà dans le premier téléphérique redescendant la montagne, prête à revenir à Hangzhou pour profiter de notre dernière journée avant notre départ du lendemain pour Kunming. La promesse d'un voyage en autobus aussi agréable que lors de notre arrivée nous mettait le sourire aux lèvres, jusqu'à ce qu'on nous dépose devant le terminus...