Friday, May 18, 2012

''Wo men deng?''- On attend?

Assises dans un taxi quittant Hangzhou, nous sommes étonnées de voir que notre auberge tout près du lac se trouvait en fait à plusieurs kilomètres de la ville. Nous sommes maintenant entourées de gratte-ciel et d'autoroutes à perte de vue et le trafic se compacte. Pendant les trois derniers jours, nous étions dans une petite bulle de verdure aux abords des terrasses de thé, mais la portion urbaine de Hangzhou n'a rien à voir avec le petit havre de tranquillité recréé autour du lac. Wal-Mart, Carrefour, KFC, KFC, KFC... les grands magasins s'enchaînent alors que notre pilote de course (et chauffeur de taxi à temps partiel) s'impose dans le traffic déjà rapide de l'autoroute. Curieuse de voir si ma mère est inquiète, je me retourne dans mon siège et découvre qu'elle arbore un sourire nerveux en s'occupant à découvrir l'urbanité chinoise.. En fait, on dirait plutôt qu'elle fait la face de quelqu'un qui se trouve obligé de goûter quelque chose contre son gré pour faire plaisir à son amie - On essai d'être convainquant, mais dieu qu'on aimerait plutôt faire une solide grimace. Bref, je garde aussi les yeux sur la route, ayant perdu l'habitude de zigzager sur l'autoroute à 160km /h, et m'enfonce dans ma préparation mentale des prochains jours. C'est drôle, mais la conduite du chauffeur me fout la honte pour la Chine et on dirait que je trouve nécessaire de m'excuser auprès de ma mère pour la course folle. C'est un peu comme si je voulais absolument qu'elle aime la Chine autant que moi alors tout petit désagrément me fait inconsciemment sentir responsable.

Finalement, l'aéroport est en vue et je paie le chauffeur en le remerciant en mandarin de ne pas nous avoir tuées. Hé...Hé.. nous échangeons un rire gêné voulant dire pour lui: ''Et bien moi aussi je suis content de ne pas vous avoir tuées... ça a passé proche en maudit!'', et le mien exprimant plutôt ''Gros crétin, je n'ai JAMAIS dit à AUCUN moment, que nous étions...peut-être...presque...proche d'être en retard! Il n'y avait pas le feu!''. Bref, nous sortons soulagées du véhicule pour aller nous débarrasser de nos gros sacs à dos.

12h: Nous décidons de traverser la sécurité et d'explorer tranquillement les boutiques chinoises de l'aéroport. Boutiques de luxe, après boutiques de luxe, je me demande bien qui veut réellement acheter un ''vrai'' Sportsac ou un polo Lacoste, quand on peut en trouver des répliques parfaites dans pratiquement n'importe quel dépanneur. Il doit y avoir une dent de moins au crocodile sur le faux gilet. À mon avis, Ça fait cher de la dent...

13h: C'est presque le moment de l'embarquement alors nous nous dirigeons vers notre porte où nous remarquons que la chaleur ambiante est à peu près équivalente à ce qu'il fait dans une salle de bain après une longue douche. C'est collant, humide et mon imagination me torture en me disant qu'avec de l'air aussi épais, je respire et ''goûte'' probablement la transpiration du gars à côté. beurk..beurk.. BEURKKK!!! De mon côté aussi, je sue à grosses goûtes à travers mon t-shirt et rêve d'une bonne bouffée d'air frais. Je patiente difficilement... plus que quelques minutes de toute façon.

13h45: À 10 minutes du décollage, notre numéro de vol se met à clignoter sur l'écran et la préposée au guichet roule un grand tableau blanc en face de la porte. Elle se retourne et écrit en mandarin quel est le problème. Mon analphabétisme frustrant m'oblige à scanner la foule à la recherche d'une réaction des gens qui pourrait m'indiquer ce qui se passe. Mais non, la chaleur a assomé tout le monde et ils continuent à regarder leurs souliers, la mine abattue, comme si de rien n'était. À cette vitesse, on pourrait déclencher un incendie que ça se dirigerait len...te...ment vers les portes en discutant: ''Viens donc Paul... on doit sortir... y fait vraiment chaud'', ''Ouais..ouais...ouais... j'arrive... c't'y fait une chaleur quand même...et ce feu vraiment qui n'aide pas!''

13h55: Je prends la situation en main et me dirige vers la femme pour tenter d'éclaircir la cause du délai. En fait, ce qui m'inquiète vraiment, c'est de devoir trouver un autre vol pour Kunming si celui-ci est annulé et de devoir faire tout ça en chinois! Tout ça, c'est assez de matériel pour que je fasse des cauchemars jusqu'en décembre prochain! ''Wo men tu, bu tu? (Est-ce qu'on part? Pars pas?)'', je lui demande en penchant ma tête légèrement vers la gauche et levant mes sourcils pour confirmer le fait que c'est une question. ''Euhhmemum..meuuem...'' est sa réponse précise, laissant deviner qu'elle n'en a aussi aucune espèce d'idée. ''Wo men deng? (Est-ce qu'on attend?)'', ''Dui! Dui! (Oui! Oui!)'', affirme-t-elle finalement en hochant vivement de la tête. Attendre.... ok, je veux bien. Mais pour combien de temps!

14h20: N'ayant toujours pas dîné, notre estomac proteste vivement le délai et nous partons à la recherche de quelque chose à nous mettre sous la dent. Heureusement pour moi et mon tempérament nerveux en situation de stress (hum...hum... pour ne pas dire exécrable!), ma mère prend la nouvelle à la légère et m'encourage à voir le bon côté des choses.

---- Parenthèse ----- D'ailleurs, maintenant que j'y pense, je ferais un terrible médecin ''M'EN FOUS que vous ayiez mal à la jambe. C'ÉTAIT À VOUS NE PAS SAUTER AVEC CE FOUTU SKATE-BOARD DANS LES ESCALIERS GROS CON!'' ----- fin de la parenthèse -----

 ''Andrééééannnnee?'', me souffle-t-elle comme on le ferait à un enfant qui boude ''Devine ce que j'ai trouvé?'', ''meugrrrggerr...jesaispas..meruugrrrg'', je grogne silencieusement ''DE LA CRÈME GLACÉE HAGEN DAZ!''. Je bondis de ma chaise d'un seul coup et suis ma mère en sautillant jusqu'au comptoir. Il y a quelque chose avec la perspective d'une crème glacée qui me fait revenir à la vie et ramène ma bonne humeur ''LAlalalal.... hum... quelle saveur choisir...lalalalala... chocolat..ha...ha''. J'apporte précieusement les deux petits contenants à la serveuse qui me regarde et me dit avec un grand sourire: ''350 Yuan''...(Pppfffffffffff- ça, c'est le son de ma ''baloune'' qui se désouffle bruyamment). Ça fait 20$ du minuscule petit pot et chaleur, pas chaleur, retard, pas retard, OVER MY DEAD BODY! ''Meurggrreg... garde ton petit contenant à la con....merurguuguerru.... m'en vais me chercher un fruit....merrueugueug''. Nous retournons donc à nos sièges avec une prune et je me force à la déguster et à me dire que c'est bien meilleur que de la Hagen daz de toute façon. BON.

15h: Ma mère commence à écrire des notes sur nos péripéties dans un cahier et un vieil homme s'approche, curieux. Il la regarde tracer de parfaites lettres romaines avec un grand sourire. Il faut bien croire que c'est aussi impressionnant pour eux que ça l'est pour nous quand on voit quelqu'un écrire en chinois.

16h: La compagnie aérienne décide de nous distribuer une collation pour nous faire patienter alors nous récupérons nos deux paquets de biscuits ''Chip-a-hoy'' et nos canettes de jus d'orange. Disons que ça regarde plutôt mal...

16h15: Je me fabrique un éventail avec une vieille feuille de papier et procède et faire tourbillonner l'air fétide devant mon visage... ''Chhuuut imagination fertile... fais dodo''

16h20: Je repère un bébé sur le siège arrière et décide de jouer à ''Coucou'' avec lui.

16h25: Le bébé a chaud et commence à s'endormir au beau milieu de notre jeu.

16h26: ''NON, J'AI DIT QU'ON JOUAIT À PUTAIN DE COUCOU ALORS TU TE RÉVEILLES ET TU RIS, C'EST CLAIR!''.

16h27: ''Euh... désolé bébé... Non! Non, ne pleure pas, je te laisse dormir, c'est promis!''... bon, je devrais peut-être écouter un peu de musique...

17h30: Nous sommes finalement appelées à la porte et nous prenons le petit autobus qui nous amène à l'avion, stationné sur le Tarmac.

18h: Nous sommes assises, attachés et prêtes à partir, mais les hôtesses se mettent à distribuer les repas au sol. Mon imagination se réveille et se demande s'ils ne seraient pas en train de faire des réparations de dernière minute...

Bref, avec presque 5 heures de retard, notre avion quitte finalement Hangzhou en direction de Kunming, ses grands espaces et ses montagnes. Au départ, les passagers sont impatients et marabouts, mais quelque part au-dessus de Nanjing, les gens s'endorment et oublient le petit contre-temps. Je me réveille alors que nous amorçons notre descente vers l'aéroport et remarque le silence hors de l'ordinaire régnant dans la cabine pleine de voyageurs chinois. Tout à coup, comme si quelqu'un, quelque part m'avait entendu, le concert des téléphones cellulaires débute et des dizaines de voix résonnent dans la cabine dans un crescendo qui menace de me faire sauter un ÉNORME fusible. Ma mère qui voit la moutarde me monter dangereusement au nez, prend les écouteurs de mon Ipod et me les repositionne en flattant mes cheveux. Merci docteur Maman. ''Happy place... Happy place...''

La journée se termine comme elle a commencé: dans un taxi.  Alors que le conducteur nous guide dans la nuit humide vers notre auberge, je laisse l'air frais passant par la fenêtre fouetter mon visage endormi. Et c'est à ce moment précis, qu'un homme cours à toute vitesse vers notre véhicule, empoigne un pamphlet dans son sac en bandouilère, vise et me le tire en plein visage.

Bienvenue à Kunming!              

Monday, May 14, 2012

Un bus ou un autre c'est pareil!

A priori tout avait bien commencé: nous étions descendues de la montagne jaune et au centre d'accueil, tel que prévu, il y avait un autobus qui nous attendait pour nous ramener à Tangkou. Ce qui n'était pas prévu, c'est que le chauffeur avait d'autres plans que de conduire jusqu'à la ville et qu'il a plutôt décidé de nous déposer à un quelconque terminus d'autobus en chemin. Heureusement, nous n'étions pas seules... il y avait deux jeunes Chinois avec nous, mais lorsqu'ils se sont retournés vers moi pour me dire: ''Is okay! We take you to Hangzhou'', j'avais de la difficulté à le croire. C'est qu'ils ont parfois la fâcheuse habitude de jurer avoir la situation en main et de savoir ce qu'ils font... jusqu'à ce qu'ils se retrouvent à 3h de leur profit, alors que leur cellulaire est mort, qu'ils ont faim, qu'une roche se trouve logée dans leur soulier et qu'ils n'ont d'autres choix que d'avouer qu'ils ne savaient peut-être pas.. trop trop... ce qu'ils faisaient en fin de compte. Et de dire que le terminus d'autobus était repoussant est vraiment trop flatteur pour cette bicoque insalubre, parsemée de quêteux et de crottes de chien qui se trouvaient devant nous. Franchement, il devrait y avoir une pétition à signer pour inclure ce type d'établissement dans les films d'horreur, car ils sont véritablement une source infinie d'angoisse et de frayeur.

Bref, après être descendues du véhicule sous l'oeil impatient du conducteur, qui a gesticulé dans notre direction en s'adressant aux deux gars en mandarin: ''Bon, vous me réglez tout ça les mecs, je dois retourner de toute urgence chez moi fixer le mur beige de mon salon?!'', nous avons suivi nos deux nouveaux amis jusqu'au guichet de l'établissement pour nous trouver des billets. Le jeune m'a alors expliqué qu'il n'y avait pas de bus pour Tangkou, mais que nous pouvions les suivre à Huangshan, où ils nous guideraient jusqu'à Hangzhou. Hummm... et c'est EXACTEMENT dans des moments comme ceux-ci que je ne me réjouissais pas d'être en charge du voyage. Personnellement, je ne m'en voudrais jamais trop longtemps si je me gourais dans mes directions et me retrouvait perdu au beau milieu d'un champ, mais de devoir porter la responsabilité d'une autre personne sur mes épaules me faisait remettre en question mes décisions.

Me retournant vers ma mère, je lui jetai le même regard que j'avais sûrement à 5 ans de ''Maman qu'est-ce qu'on fait'' alors qu'elle se tournait vers moi pour me demander ''Bon! Chef, quelle est la décision?''. -------- Parenthèse ---------- Voilà donc le problème de voyager avec sa mère, car ayant été avec une copine ou un gars, je lui aurais sûrement dit ''C'est ça qui est ça et si on se perd et que t'es pas content(e), t'avais juste à apprendre le mandarin toi aussi, BON!''... et ensuite, j'aurais pu aller pleurer dans les jupes de ma mère qu'on s'était perdue et que c'était terrible, mais en voyageant avec elle, les jupes étaient beaucoup trop proche et je devais résister à l'envie de m'y cacher chaque fois qu'il y avait quelque chose de contrariant! Ça ne serait pas juste pour ma mère qui se retrouverait sans défense en Chine à prendre des décisions à l'aveuglette. Je nous avais mis dans ce pétrin alors je nous en sortirais!------------ Fin de la parenthèse --------

''NOUS IRONS À HUANGSHAN AVEC LES CHINOIS'', m'écriai-je avec détermination, ayant figurativement mouché la morve coulant au nez invisible de petite fille de ma confiance personnelle. Ayant saisi nos billets, nous nous sommes dirigés vers la caravane de gipsy - qu'ils appelaient ''autobus'' dans cette contrée lointaine - où nous avons déposé nos postérieurs sur la banquette tâchée alors que la mémé du rang arrière faisait une crise cardiaque silencieuse en nous voyant. En attendant le départ, le silence entre nous était palpable, ne voulant ni l'une, ni l'autre exprimer la première opinion sur notre moyen de transport. Ma mère a finalement brisé la glace en riant: ''Et bien... c'est authentique!'' ce qui m'a tout de suite fait exploser de rire... et oui, il n'y avait vraiment aucun autre mot pour décrire notre situation, parce qu'entre le travailleur couvert de suie qui nous regardait par la fenêtre (je pensais que les ramoneurs tout noirs ça n'existait que dans les films de Walt Disney!) et la femme qui vomissait son déjeuner devant le véhicule, nous n'aurions jamais pu imaginer un tel scénario de notre propre initiative! Seulement en Chine...


Pout...pout...pout... nous étions parties et nous allions devoir subir les soubresauts de la caravane pendant la prochaine heure et demie, jusqu'à Huangshan. Du coin de l'oeil, je surveillais la femme en prise avec de sévères nausées de peur qu'elle aie une autre explosion de Krakatoa au beau milieu du véhicule, tout en tentant de concentrer mon attention sur la fenêtre, d'où sortait la moitié de mon visage. On dirait qu'on ne veut jamais être témoin de quelqu'un qui vomit, mais on les surveille toujours pour savoir quand ''ne pas regarder''. L'humain c'est con.

Bref, sauf pour l'assistant du chauffeur qui nous criait dans les oreilles (il devait enterrer le bruit du moteur après tout!), nous sommes arrivées sans pépin à Huangshan où la jeune femme du guichet nous a donné des billets pour l'autobus de Hangzhou qui partait... il y a déjà 2 minutes! MEEeeeeeerrrrdddde! Course effrénée dans le terminal pour trouver le bon bus, mais cette fois-ci ce sont les deux jeunes hommes qui nous suivent, l'énervement les rendant incapable de lire leur propre langue pour trouver la bonne porte! Re-bref, nous sommes arrivés à Hangzhou 3 heures plus tard et à notre auberge quelques minutes après ça.

Notre après-midi s'est déroulée comme un charme. Nous avions loué des bicyclettes à l'auberge et en avons profité pour faire un tour du lac en vitesse, coupant la foule de touristes à l'aide de notre véhicule et nous arrêtant à quelques reprises pour prendre des photos des arbres en fleurs. Ce lac était véritablement de toute beauté et même la fatigue de notre nuit à la montagne ou la perspective de notre départ vers le Yunnan du lendemain ne pouvait nous distraire! Après tout, dans quelques heures, nous allions traverser le pays entier pour atterir à Kunming, capitale du Yunnan et province frontalière du Vietnam, du Laos et du Burma. L'excitation ne pouvait qu'être au rendez-vous et même peut-être un soupçon de danger...  En tout cas, notre programme chargé nous en faisait voir de toutes les couleurs.    

Huangshan: L'aube

Biiip, Biiip, Biiip. Il est 4h du matin au sommet de la montagne jaune et notre chambre est toujours plongée dans une obscurité digne du plus profond de la nuit. J'ouvre lentement les yeux du haut de mon lit à deux étages et force mon cerveau à répondre aux questions élémentaires: ''Où suis-je?'', ''Qui suis-je?'', ''Est-ce que les Chinois comptent les moutons ou les yaks pour s'endormir?''... Ayant finalement compris que nous avions volontairement décidé de nous réveiller avant le soleil, pour justement le voir se lever sur les montagnes, je descends l'échelle pour découvrir ma mère assise sur son lit, déjà vêtue de son poncho et prête à sortir la lampe de poche à la main. Tout de suite, je la regarde d'un air de dire: ''Tout va bien du côté musculaire M.Spock?'' et elle de me confirmer tout ça par un mouvement de tête positif... La question est légitime car nous avions quand même marché plusieurs kilomètres la veille et la possibilité qu'elle ne puisse pas se déplier faisait partie de nos pires scénarios. Mais non, comme une poulette de vingt ans, elle est prête et en quelques minutes, nous valsons sur la pointe des pieds autour de la chambre en nous préparant pour ne pas réveiller nos colocs chinoises endormies. Finalement, nous saisissons nos sacs à dos, déterminées à affronter les sentiers traîtres de Huangshan à la noirceur... et qui sait, peut-être aussi les bestioles qui s'y cachent!

À l'extérieur de la chambre, l'air frais se faufile à l'intérieur de notre manteau et nous réveille instantanément. Dans le ciel, une lune presque pleine baigne tout ce qui nous entoure d'un reflet bleuté et nous semblons transportées sur une tout autre planète. Les arbres, les roches, le vide si proche de nous prennent une tout autre allure; il n'y a plus aucune profondeur au paysage, nous regardons un décor en 2D. Tout est silencieux autour de l'hôtel et nous continuons à chuchoter en marchant, nous sentant comme des intrus dans la nuit tranquille de la montagne. Pour la première fois en plusieurs jours, en levant la tête vers le ciel chinois, nous aperçevons quelques étoiles qui se sont frayé un chemin à travers l'écran de nuage perpétuel. Notre cerveau prend quelques secondes à réaliser que les astres, vus de cette position sur la terre, ne sont pas à leur endroit habituel et cette constatation m'amuse - une autre preuve que je suis véritablement de retour de l'autre côté de la planète. Nous empruntons le chemin pavé à gauche de l'auberge, rigolant de notre maladresse et de nos lampes de poche d'hygiénistes dentaires qui ne font que confondre notre vision nocturne encore plus. (Disons que dans un film d'horreur nous ne ferions pas long feu... courant probablement à toute vitesse vers l'arbre le plus proche, un minuscule faisceau lumineux s'agitant frénétiquement dans la forêt) Les marches sont inégales et à peine assez grandes pour nos pieds alors nous grimpons avec prudence. En fait, depuis quelques semaines avant notre départ, ma mère a cette peur bleue qu'elle va glisser sur un quelconque crottin chinois et endommager une partie de son corps, alors l'importance d'y aller lentement est notre priorité.

Notre but est d'atteindre un des sommets de Huangshan avant le lever du soleil et de nous y installer pour être témoin de l'arrivée du jour sur les montagnes. Ne nous contons tout de même pas d'histoire, avec la brume de la veille, il n'y a aucune chance que nous voyions le soleil, mais nous considérons notre ascension comme un petit rituel - nous avons fait l'effort de nous lever à une heure indécente et comme récompense nous sommes finalement seules avec la montagne, nos pensées et le bruit poétique de nos pas... Andréanne: ''Ok maman ça monte... ouch... maudite roche... attention...'', décidément que de paroles touchantes!

Après une bonne centaine de marches, nous débouchons sur un petit plateau où nous pouvons profiter d'une vue à 360 degrés des montagnes toujours plongées dans l'obscurité. Feignant un petit pique-nique nocturne, nous sortons nos couvertures à carreaux et nous nous installons confortablement pour attendre le spectacle. ''Krrrrrrreeererererer (râclement de gorge)...'' comme de fait, un Chinois est bien souvent plus rapidement entendu que vu et ce bruit guttural de compétition nous annonce que nous aurons bientôt de la compagnie. (Il ne l'avouera jamais, mais je suis certaine qu'il voulait entendre l'écho de son bruit de gorge dégueu en cachette.) ''Oh ho ho Laowaiii!!'', s'écrit-il tout excité de sa chance... eeeeeet sur ce, telles des mouettes effrayées près d'une poubelle, nous irons nous asseoir un peu plus loin.




 Finalement, le paysage change. Très lentement, quelqu'un... quelque part... se met à lever le ''dimmer'' du soleil et la clarté gagne tranquillement du terrain sur les montagnes. Tel que prévu, il n'y aura pas de soleil, mais nous sommes tout de même témoins d'un phénomène étrange: De gros amas de nuages blancs se mettent à s'enrouler autour des rochers comme le feraient d'immenses reptiles et circulent autour des pics en quelques secondes. Le mouvement des vagues de nuages est étonnant et rapide et le mélange d'air froid et chaud provoque même une montée à la verticale de la brume juste sous nos yeux. Si proche, que nous pourrions presque la toucher... Le surnom ''Floating Mountains'' de Huangshan prend tout son sens et c'est spectaculaire.

Nous restons plusieurs minutes à observer l'horizon et les changements qui s'y produisent, mais nous nous mettons ensuite en marche pour profiter du calme dans les sentiers de ce début de journée prometteuse. Dès que nous effectuons notre première descente à travers les nuages, nous nous retrouvons prises entre les courants froids et chauds et les nuages volant sous notre nez. À perte de vue, les montagnes de Huangshan se dévoilent aussi, finalement sorties de leur brume de la veille et s'étirant sur plusieurs kilomètres.

Tout cela pour dire qu'à 8h du matin, nous étions déjà dans le premier téléphérique redescendant la montagne, prête à revenir à Hangzhou pour profiter de notre dernière journée avant notre départ du lendemain pour Kunming. La promesse d'un voyage en autobus aussi agréable que lors de notre arrivée nous mettait le sourire aux lèvres, jusqu'à ce qu'on nous dépose devant le terminus... 
     

Sunday, May 6, 2012

Huangshan (Tangkou): Le coup de dés

Partout où vous cherchez sur Internet, l'information sur Huangshan est plutôt contradictoire. Pour vous rendre à la montagne jaune, vous devez prendre un autobus pour Huangshan, mais pas celui qui vous amène à la ville, car vous vous trouverez à 2h de votre profit. Certaines sources, vous invitent plutôt à vous rendre à Tangkou, la véritable porte de la montagne jaune, mais les moyens de transport pour s'y rendre sont aussi fréquent qu'un agent touristique chinois qui parle anglais et l'incertitude d'être pris dans une ville chinoise inconnue, sans aucune aide extérieure, décourage plusieurs voyageurs téméraires... Voici donc l'information en exclusivité: Pour vous rendre au téléphérique de la montagne, vous devez vous rendre à la gare d'autobus West de Hangzhou où vous trouverez des véhicules allant régulièrement à Tangkou d'où vous commencerez votre périple à la base de Huangshan. Voilà c'est fait et pour les deux touristes confus et maintenant illuminés par mon travail acharné de reporter: ''Tout le plaisir est pour moi!''.

C'est donc en prenant une chance que nous avons fait la file pour l'autobus de 7h quittant le centre-ville de Hangzhou pour les pâturages plus verts de la campagne chinoise. Allégés de notre gros sac, nous partions avec l'essentiel: le sac de couchage extra-pratique (...et anti-germes, tâches et autres trouvailles mythologiques dans les draps des auberges chinoises) fabriqué par ma mère, un imper et des victuailles - mais tout de même avec une trousse de maquillage complète, ''car, qui veut avoir une face d'altitude défraîchie sur les 200+ photos que nous allions sûrement prendre dans les prochaines 24 heures? La barre granola détrônée par le fond de teint pourrait nous attendre sagement à l'hôtel. Par une certaine chance pour mon mal des transports intermittent (plus sur le sujet quand je parlerai de Xi'an), nous avions les deux premiers sièges du véhicule - couteau à deux tranchants - car ça nous donnait une vue imprenable sur les paysages, mais aussi sur la conduite ''sportive'' du chauffeur. Il a d'ailleurs dû faire une face en nous voyant s'asseoir directement derrière lui, car il savait d'expérience que d'avoir deux étrangères à ses côtés ferait que sa conduite serait constamment agrémentée de ''Ahhhh'' et de ''Yissshhh''... Zut de zut, qu'est-ce qu'un gars doit faire dans cette ville pour pouvoir regarder tranquillement son film en conduisant? Bref, l'autobus presque vide était maintenant en chemin et la perspective de découvrir de nouveaux reliefs nous rendait presque euphoriques. Qu'est-ce qui nous attendait à Tangkou et est-ce que cette montagne saurait égaler sa réputation d'inspiration pour les paysages volants du film Avatar? C'est ce que nous allions découvrir dans ''seulement'' 3 heures de route... Yishhh... L'excitation aurait peut-être un peu le temps de se calmer alors nous avons sorties nos couvertures pour profiter des sièges confortables et du ''bercement'' de l'autobus changeant brusquement de voie à 100km /h toutes les quelques minutes.

À ma grande surprise, en inclinant mon siège, j'ai remarqué qu'il y avait un autre étranger à bord du bus. Même un an plus tard, la vue d'un blanc seul à l'extérieur de Pékin ou de Shanghai me donne toujours l'impression d'avoir repéré un enfant perdu dans un centre d'achat et je dois me retenir de toutes mes forces pour ne pas lui demander si ''ta maman sait où tu es mon grand?!''.  Quand même, j'avais fait la même chose l'an dernier, alors que mon instinct maternel caché quelque part dans le plus profond de mon être semblait croire qu'il ne pouvait se retrouver si loin des métropoles que par inadvertance et que je devais ''tous les sauver!''. Bref, j'ai décidé de me mêler de mes oignons et j'ai continué à regarder par la fenêtre où des champs de fleurs jaunes à perte de vue entouraient quelques petites bicoques de fermiers à flanc de montagne. Telles les chèvres alpines dansantes de ''Sound of Music'', les paysans d'Hangzhou effectuaient leurs récoltes de thé dans les terrains les plus improbables, parfois sur des pentes s'approchant dangereusement de 90 degrés du sol et ma mère et moi, nous grattions la tête en se demandant comment ils pouvaient bien s'installer confortablement pour ''cueillir'' lorsqu'ils devaient pratiquement se coucher dans la plante pour ne pas partir à la renverse dans le vide. Je n'ai pas vérifié, mais ils doivent sans doute avoir une jambe plus courte que l'autre!

Après un solide 3h de route, l'autobus s'est arrêté devant un petit restaurant de Tangkou où le patron avait affiché des posters des différents animaux sur son menu à même la fenêtre. Lapin, tortue, canard et autres originalités locales. Je ne pense pas qu'au Canada on présenterait comme des mannequins culinaires la véritable source des constituants de votre assiette pour vous attirer à l'intérieur de l'établissement. Par chez nous, on préfère la nourriture sans visage, mais les Chinois demandent régulièrement de voir la ''bette'' de l'animal qu'ils dégustent pour en juger la qualité! Du moins, j'ai décidé de garder mes index bien cachés dans mes poches de peur de gesticuler vers Caroline (ou Benjamin si c'est un mâle!) la tortue et qu'elle se retrouve dans mon assiette. En sortant du bus, j'ai tenté tout de suite de repérer des pancartes indiquant la direction du téléphérique, mais une petite Chinoise en tablier me bloquait le chemin, gesticulant pour savoir quel était ''le plan''. Je n'en avais aucune idée et après avoir remarqué que l'autre blanc s'était immédiatement fait la valise avec des Chinois sans demander son reste, c'était à mon tour d'avoir l'air perdu dans le centre d'achat! Finalement, la femme m'a expliqué qu'un homme nous guiderait à la montagne... mais après avoir mangé bien entendu! Si vous le dites madame, passez-moi le catalogue de vos meilleurs vendeurs!

La cuisine conviviale chinoise est réellement une expérience à ne pas manquer et je ne parle pas ici de petits plats comme ceux de votre grand-mère, mais plutôt d'un repas où la moitié des employés du resto passent leur temps à vous respirer au dessus des épaules pour vous poser toutes sortes de questions et vous observer la grosseur du nez... à ce niveau, ils ne sont jamais déçus avec moi! Nous en avons aussi profité pour regarder la carte de Huangshan et le nombre de pistes et de sommets ne faisait que présager que cette montagne était un véritable monstre, petite ville en altitude où il est même possible de faire un tour à la banque!

Après une quinzaine de minutes dans un téléphérique qui ne tient littéralement que par un fil, nous étions au premier sommet, prête à escalader les centaines de marches vers notre hôtel. Contrairement à ma visite à Huashan, la foule était plus compacte et les sentiers moins étroits, mais la vue était tout aussi impressionnante. Des précipices profonds et des falaises acérés où poussent des arbres minces battants aux quatre vents, d'immenses rochers où une simple chaîne sépare du vide les marcheurs enthousiastes et des marches... et encore des marches... et plus de marches. Nos fesses étaient maintenant en feu depuis au moins 2 heures lorsque nous avons repéré notre hôtel. Le Payunlou Hotel est une gigantesque bâtisse avec un lobby digne d'un établissement 4 étoiles et c'est avec joie que nous avons trouvé notre petite chambre constituée de trois lits à deux étages et de 3 touristes chinoises relaxant à leur aise sur leur lit. Ensuite, nous avons exploré quelques pistes au sommet, mais en nous gardant tout de même une petite gêne, car chaque escalier descendu devait ensuite être remonté pour rejoindre notre lit! La visibilité de cette première journée était splendide, notre position juste au sommet des nuages nous donnant l'impression d'avoir atteint un autre monde, séparé de celui des mortels au plancher des vaches par une barrière flottante. Il faut croire que même à cette altitude le Baijo coulait à flot et une rencontre avec un groupe d'homme d'affaires chinois en état avancé de ''party'' s'est rapidement transformé en photo-shoot quand un moins gêné m'a saisi par le bras pour que je fasse un tumb-up dans sa photo.  Il était d'ailleurs toujours amusant de voir la réaction des femmes chinoises quand je leur confirmais que la jeune poulette m'accompagnant était en fait ma mère et ils nous regardaient ensuite attendrie en disant l'équivalent en mandarin de ''Ahhh, that's soooo nice!''.



Nous sommes revenus à l'hôtel à la tombée de la nuit parce que le divertissement de fin de soirée est généralement plutôt inexistant à 1000 mètres d'altitude.  Après voir goulûment dévoré notre ration de nouilles instantanées nous nous sommes glissés dans notre sac de couchage pour se reposer un peu. L'alarme était prête pour 4h du matin quand nous allions nous lever pour escalader un sommet et tenter d'y voir le lever du soleil. À la micro lampe de poche (et véritablement de la grosseur de celle qu'un dentiste utilise pour vous regarder les amygdales), nous savions que ce serait intéressant...    

Friday, May 4, 2012

Hangzhou: Une petite tasse de thé?

Le choix d'arrêter à Hangzhou en était tout d'abord un de logistique. Cette ville est en fait un des plus grands centres chinois et le moyen le plus rapide de se rendre à la montagne jaune, mais après avoir discuté avec des amis chinois, j'ai aussi découvert que c'est une des meilleures destinations du pays, prisées pour son West lake et ses panoramas incroyables. En effet, ce que préfèrent les Chinois lors de leurs vacances, c'est de quitter leur milieu de travail pour profiter du calme de la nature et des paysages bucoliques avoisinants. Nous allions donc avoir la chance de relaxer tout près du lac avant de devoir nous aventurer 3 heures dans la campagne et passer une nuit au sommet de Huangshan.

Ce qui nous a tout d'abord impressionnés de cette ville est la quantité de verdure au pouce carré, véritable défi lorsqu'on s'approche d'un grand centre chinois et de ses gratte-ciel envahissants. Tous les arbres étaient verdoyants et les fleurs printanières semaient leur arôme fruité, laissant ma mère perplexe du fait qu'elle ne pensait jamais trouver un endroit qui ''sent vraiment bon'' en Chine. Et bien mission accomplie Hangzhou! Notre auberge (le West Lake Youth Hostel) se trouvait au fond d'une petit allée, cachée entre deux écoles et à quelques secondes de l'attrait principal: le lac. Étonnamment, nous qui pensions trouver des dizaines de voyageurs du type ''éternels ados'' à notre destination, avons plutôt été accueillis par beaucoup d'employés et peu de touristes. C'était un bon départ pour ma mère qui avait peur de sortir du lot en tant que voyageuse ''senior'' et en discutant avec le jeune homme à la réception, nous avons même découvert que sa copine habitait dans la province du Henan... où elle allait à l'université à Shangqiu...  Shangqiu Normal University, plus précisément, le même endroit où j'avais passé l'année précédente. Même en Chine, le monde est petit (haha surtout en Chine en fait...  pardon pour le jeu de mots douteux)

Après un excellent dîner de poulet Kung-Pao, nous sommes parties à pied pour explorer la ville et trouver les terrasses de thé, célèbre lieu touristique du coin. Mais une surprise de taille nous attendait. En voyageant, nous avions oublié que c'était le week-end et c'est dans une marée de touristes chinois impressionnante que nous nous sommes faites emporter jusqu'au lac. Pas question de prendre un taxi, toute la ville remplissait les trottoirs et les dizaines de véhicules sur la route étaient pleins à craquer de jeunes mères et leur bébé voulant voir les pommiers en fleurs. Grandes respirations Andréanne,considère comme un massage le poussage des personnes âgés jouant du coude pour suivre le drapeau que leur guide brandit au dessus de la mêlée. De chaque côté du boulevard, des jardins en fleurs grouillaient de touristes voulant tous avoir LA photo de la pivoine moitié léchée par le soleil et reflétant sur le lac. Au plus vite, nous devions trouver un moyen de quitter la vague avant de recevoir, nous aussi, une casquette jaune-orange et de nous faire assimiler par un groupe de travailleurs en vacances. Tellement excités par les fleurs, ils n'y verraient que du feu. (ps. Je ne sais pas pour vous, mais j'envie un peu les jeunes chinois d'être aussi impressionnés par des fleurs et un lac... il me semble que ça me coûterait moins cher de billet d'avion...)

Finalement, nous avons trouvé un taxi ébahi par la vue de deux générations de canadiennes blondes déboussolées au coin de la rue et après une course folle entre les autobus, le jeune homme nous déposait à l'entrée du musée du thé. Finalement j'avais trouvé mon moment euphorique, car à seulement quelques mètres de nous se trouvaient des femmes affublés d'un chapeau de paille pointu, cueillant le thé dans un immense champ à la base des montagnes effacées par la brume (bon, ok, le smog, mais c'est moins poétique). Seulement quelques secondes plus tard, ma mère et moi étions dans le thé jusqu'aux genoux, complètement abasourdies de finalement voir comment la production se fait et encore plus impressionnées que des femmes ramassent tout ça à la mitaine. Qui sait, peut-être qu'elles étaient toutes des actrices payées et que la collecte se fait véritablement dans une serre près d'une usine, mais à ce point nous voulions tellement que ce soit vrai, que c'était suffisant pour nous. Nous nous sommes donc approchés d'une des femmes pour qu'elle nous explique ce qu'elle faisait et surprise de voir des touristes dans les champs, au milieu du chemin de terre, et non dans le pavillon où la dégustation se produit, elle nous a montré la partie de la plante qui ferait ensuite le thé. Avant de partir en voyage, nous avions vu un documentaire hilarant sur la récolte du thé, où un jeune chinois expliquait que les femmes sont responsables de la cueillette, car elles donnent à la plante leur ''good feminine aroma''... ouain.... d'après moi c'est plutôt une ruse pour s'asseoir dans un coin et fumer pendant que mémé s'échine dans la cour arrière, mais les mythes chinois sont, après tout, ce qui donne tout son charme au pays! Peu importe, l'entièreté des travailleuses était des femmes et après s'être baladés en flanc de montagne dans les terrasses, nous comprenions un peu plus les avantages d'un tel boulot pour ces femmes: La Sainte Paix! Pas de patron qui allume des cigarettes à la chaîne et hurle dans son téléphone, pas de bambins dans les jambes, pas de vaisselle qui s'empille ou de cuisine boucaneuse... C'était l'occasion rêvée de potiner sans se faire déranger! En groupe de deux ou trois, les cueilleuses remplissaient leur panier en discutant tranquillement au soleil, s'arrêtant parfois pour partager une orange et rire un bon coup. En tout cas, je n'ai jamais vu autant de plaisir dans un bureau du gouvernement...

Après avoir arpenté de long en large le musée, nous avons repris un taxi pour la ville où l'affluence de touristes nous a encore empêchés de prendre la route jusqu'à l'auberge. Après plusieurs minutes de marche (et après une journée déjà assez physique) nous sommes revenues à la maison épuisée pour découvrir que la cuisinière n'était pas encore arrivée au travail (!) et qu'ils ne savaient pas quand elle finirait par se présenter. Tiens donc, c'est pittoresque! Nous n'avions d'autres choix que d'aller manger en ville, ce qui nous tentait plus ou moins après notre bain de foule de la journée. Finalement, en arrivant de l'autre côté de la rue, nous avons aperçues un petit resto en plein air où le patron semblait plutôt désoeuvré alors nous avons décidé de prendre une chance. La fatigue débilitante m'empêchant d'arriver à m'exprimer clairement, j'ai réussi à lui faire comprendre ''noodles'' et ''vegetables'' et nous nous sommes promptement ''effouairés'' sous un parasol.

Le dîner était à la hauteur de nos attentes et même plus; de succulentes nouilles avec des petites crevettes que le serveur a même pris la peine de faire glisser dans nos bols,voulant nous sauver de devoir utiliser les baguettes... (j'ai fait mine d'ouvrir la bouche pour qu'il continue son mouvement de becquée, mais il n'était quand même pas si serviable que ça!) et des légumes verts non identifiés. Finalement repues, j'ai fait signe au serveur de nous apporter l'addition et il a cru bon d'utiliser ce moment pour faire un peu d'humour chinois: ''150 Yuan (presque 30$)'', m'a-t-il avec la conviction d'un acteur qui fait des témoignages dans une annonce de cheveux en canne à la télé. ''Euh...haha... Vraiment? Mon bon *aaaatchoumgrostrouduc ami?!''. Malheureusement, je n'avais pas cru bon négocier avant de commander et c'est carrément impossible à faire lorsque les nouilles sont tranquillement en train de se faire digérer alors j'ai payé en rouspétant... 

J'ai grogné jusqu'à l'auberge, ma pauvre mère me rassurant que 20$ ce n'est pas la mer à boire pour un bon repas, mais elle ne pouvait pas comprendre. Pour une ancienne citoyenne chinoise, l'insulte était personnelle! Jusqu'à présent, j'avais été assez naïve pour agir comme une touriste, me laissant porter par la vague, mais la Chine - l'oeil clairement bien fixé sur mon porte-feuille- en avait décidé autrement. Plus de moment de faiblesse, mais bonne joueuse, je l'accorde: Chine: 1, Andréanne: 0

Ce soir là, nous nous sommes couchés fébriles, car le lendemain matin, nous devions trouver un autobus qui nous amènerait à Tangkou, ville-dortoir de la montagne jaune!

Tuesday, May 1, 2012

Premier stop: Shanghai

Ce n'est que lorsque j'avais les deux pieds bien plantés devant le douanier chinois que la réalité est venue me frapper en plein visage comme une très longue gifle en slow-mo d'un film de kung-fu: J'étais de retour en Chine! Moitié prête à me faire saisir par la police chinoise, car ils auraient peut-être trouvé mon blogue et certaines parties moins flatteuses sur le Bird's nest... (qui a été cité, à mon insu, dans un journal japonais... oups), j'ai présenté mon passeport d'une main hésitante, surveillant mes arrières du coin de l'oeil. Mais comme du beurre dans la poêle, en quelques secondes, je me suis retrouvé autour du carrousel à bagages avec ma mère, un petit soupçon de victoire volant dans l'air entre nous deux: La mère et la fille prête à prendre la ville (et le pays) d'assaut!

Car le meilleur moyen de se rendre à la ville avec style étant par le Maglev, le train à hyper grande vitesse ''grand-mère-attache-ton-partiel'' et nouvelle fierté du pays, nous sommes montés à bord, nous attendant à nous faire clouer à nos fauteuils, comme devrait normalement le faire tout véhicule allant à 450 km/h. Vous savez, les joues ouvertes de force comme devant la machine qui souffle les feuilles (à ne pas essayer à la maison les enfants!). Mais non, ce n'est que calmement bercés par le mouvement du train que nous avons effectué les 10 minutes nécessaires pour rejoindre le centre-ville (ps. je l'avais fait en 1h30 en taxi l'an dernier). Une chose était certaine, nous avions gagné une heure sur notre espérance de vie mais étions toujours un peu sceptique qu'une telle pièce de technologie fasse aussi peu de bruit et de flafla. Il me semble que ça ne prendrait qu'un ver de terre téméraire s'étant retrouvé sur les rails par inadvertance pour tout faire basculer vers la banlieue Shanghaise... à 450 km/h. Quand vous l'entendrez aux nouvelles, dans quelques années, pensez que c'est ici que vous l'avez lu en premier. Un ver de terre, je vous dis!

Bref, notre première véritable épreuve du voyage était de se rendre à la gare de train et de se procurer des billets pour Hangzhou le lendemain matin. D'un même coup, nous testerions notre habileté à transporter nos gigantesques sacs dans le labyrinthe urbain, tout en redonnant un bon choc nerveux à mon mandarin qui somnolait dans un coin inutilisé de mon cerveau (juste à côté des maths 436...) depuis quelques mois. Ma mère m'avait bien imploré à quelques reprises de pratiquer un peu avant le voyage, mais la routine et tout le reste en ayant décidé autrement, ce serait mes premiers mots dans cette langue qui, mal exécuté,  peut rapidement ressembler à de maladroites vocalises. Sans blague, il y avait une réelle chance que je me foule la langue... et mettre un plâtre là-dessus, je ne vous dis même pas la galère!

Nous avons ensuite fait la file avec un paquet de Chinois se demandant pourquoi, nous les riches, ne prenions pas l'avion et avons été regardés par un groupe de jeunes volant des regards furtifs en rigolant, jusqu'au guichet. Ah oui, j'oubliais qu'ici je suis THE INTERNATIONAL Super-model, ANDY... ma mère trouvait tout ça bien drôle. Me préparant au moins depuis notre départ d'Ottawa, j'ai commandé nos billets d'un mandarin chambranlant, ce à quoi la caissière a répondu en me tendant notre change avec un grand sourire. Quoi?! Pas de questions pièges ou de transferts à une autre travailleuse moins terrifiée par les étrangers?! Eh bien non... ce serait aussi facile que ça. Mais je resterais sur mes gardes, car nous n'étions qu'au premier jour de notre long périple.

Finalement, nous avons trouvé notre auberge et après avoir déambulé sur Nanjing Road, grouillant de touristes et de vendeurs profitant du beau temps, nous nous sommes assises sur la promenade du Bund, la bouche grande ouverte pour observer Pudong et ses gratte-ciel miroitant, sous un ciel bleu, dans la rivière à nos pieds. Neuf mois avaient maintenant passé depuis la dernière fois où je m'y étais posée avec Adam et c'est avec beaucoup d'émotion que je me suis remémorés mes derniers moments chinois. Ce voyage étant en premier lieu, le meilleur cadeau mère-fille que ma mère pouvait m'offrir, me laissant la guider dans cet univers inimaginable qui m'avait apporté tant de joies et de défis, mais c'était aussi le moment pour moi de finalement arriver à tourner la page sur mon rêve chinois. Les enjeux et les responsabilités de ma nouvelle vie étaient maintenant bien différents de ce que j'avais vécu l'année précédente et ce voyage serait le dernier coup d'éclat de ce chapitre de mon histoire personnelle.  

Nous avons donc passé notre seule soirée à Shanghai à rigoler devant un énorme souper de sushi, à prendre le Bund sighseeing tunnel, qui n'est en fait qu'un trajet psychédélique dans un sous-terrain plein de néons incompréhensibles (malgré le fait que l'ingénieur avait sûrement voulu y cacher un quelconque sens), à s'émerveiller devant les hauteurs du World Financial Center et à se perdre dans la foule de touristes excités par les attraits d'une des plus grandes villes d'Asie. Shanghai ne se découvre pas de fond en comble, mais se dévoile à ses visiteurs par les quelques attractions qu'on décide de fouler dans la spirale d'une visite courte, laissant une impression bien différente à chacun qui s'y aventure. Pour nous, c'est l'émerveillement d'une métropole rivalisant avec New York et Paris; mélangeant le connu des bâtiments à l'architecture européenne avec les petits vendeurs de fraises chinois au beau milieu des boutiques de luxes de Nanjing Road, qui nous ont donné notre premier avant-goût du paradoxe chinois. Le pays progresse à une vitesse folle, laissant sans contredit toute une génération de travailleurs des campagnes à chercher leur place dans les villes tranformées par la vague occidentale et par une jeunesse qui n'est plus certaine où elle doit rattacher ses racines chinoises à sa nouvelle réalité.

C'est donc la tête tournant par le flash des néons et les bruits de la ville que nous nous sommes couchés dans notre petite auberge du Bund, prête à affronter notre véritable première sortie en campagne: le train vers Hangzhou. D'expérience, je savais que Shanghai n'avait rien à voir avec la Chine et même si ma mère se disait bien que les choses seraient différentes aux autres étapes de notre voyage, s'attendait-elle réellement à ce qu'elle allait trouver en sortant du train dans la ville suivante? 

Sunday, April 29, 2012

3...2...1 c'est un départ!

La tête dans mon sac à dos vide, j'observe, incrédule, l'espace disponible pour ranger l'équipement vital à nos trois semaines en Chine. Je ne suis pas très bonne en mathématique, mais il me semble que scientifiquement ça ne rentra pas... (Cerveau qui se souvient de mes maths du secondaire: ''à moins de diviser par zéro Andréanne''... réponse d'Andréanne: Toi, on ne t'a rien demandé!). Je me tourne vers ma mère qui fait exactement la même face de sourcils froncés et de bec en cul de poule devant son propre sac et lui demande: ''Combien de bobettes on a décidé d'amener encore?''. En fait, ÇA, ça importe peu, car couper dans les sous-vêtements ne devrait jamais être la solution. Quant qu'à moi c'est LA chose qu'il vaut mieux avoir en abondance, quitte à porter le même t-shirt pendant 28 jours et ne pas se laver les cheveux... d'ailleurs ils ont inventé un truc pour ça, ça s'appelle les Dread locks et selon moi, ça serait un excellent look pour ma mère.

En fait, la préparation pour un voyage en sac à dos n'est jamais vraiment très drôle, car il n'y a aucune place pour le flafla ou la fantaisie. Chaque item sélectionné est évalué selon sa nécessité et sa versatilité (''Puis-je aussi m'en servir comme savon, peigne... ou les deux?'') car chaque milligramme de poids ajouté dans le sac se retrouvera invariablement sur vos épaules pendant plusieurs minutes, voir heures. C'est un peu aussi ce qui fait finalement remettre en question la nécessité des bigoudis ou de l'épluche patate...

Telles deux astronautes se préparant pour le décollage, nous roulons nos trois paires de pantalons et cinq t-shirts dans le sac avec toute l'amertume de deux femmes qui se verront restreintes aux mêmes cinq combinaisons vestimentaires pour les trois semaines suivantes. Laissant notre considération écologique momentanément au vestiaire (mais aussi parce qu'en Chine on ne peut faire autrement ) nous avons décidé de nos procurer suffisamment de sous-vêtements et de bas pour pouvoir les jeter périodiquement lors de nos escales plutôt que d'en faire un lavage douteux à même l'évier de l'hôtel (et de se retrouver avec le fond de culotte humide). Nous partagerons aussi les cosmétiques et autres savons afin d'alléger notre fardeau et c'est très fier de notre coup que nous regardons le produit final. Deux beaux sacs pleins à craquer, mais tout y est - Nous avons réussi à faire entrer un très très gros hippopotame dans une toute petite paire de Spanx! (Spanx vous dites? Googley moi ça et vous m'en donnerai des nouvelles).

C'est donc confiantes en nos capacités d'exploratrices téméraires que nous arrivons au comptoir de Delta Airlines, la flamme brillant dans les yeux et la musique d'Indiana Jones jouant en arrière-plan pour faire notre enregistrement.  Mais lorsque j'entre nos noms dans l'ordinateur pour recevoir nos billets, quelque chose ne va pas. MAIS QUELQUE CHOSE NE VA PAS DU TOUT! Le p**ain d'avion qui doit nous amener à Detroit, pour ensuite transférer vers Shanghai, est annulé. Pas seulement en retard, mais bien ANNULÉ! Euh... quelqu'un, quelque part, aurait peut-être pu nous avertir plus tôt non? Au même moment, de l'autre côté de la ville, notre téléphone ne dérougit pas d'appels de la compagnie tentant de nous avertir... une heure avant le décollage... qu'il vaudrait peut-être mieux, peut-être pas nous déplacer. B.r.a.v.o. Delta!

Nous essayons sans succès de trouver un autre moyen de nous rendre dans cette maudite ville, un taxi, un cheval, QUELQUE CHOSE, mais sans succès. C'est alors que le préposé de Delta décide de devenir ma personne préférée de la journée et de me dire: ''So you are booked on tomorrow's flight''. DEMAIN?! VRAIMENT?! Quel con!

C'est donc avec la musique d'Indiana Jones jouant un peu moins fort en arrière-plan que nous retournons à la maison, tels deux chats ayant définitivement perdu leurs mitaines et leur tuque et leur manteau, pour manger du take-out chinois en se disant: ''À demain peut-être''.