Ahh, la brise du matin entre dans notre chambre d'hôtel de Shangqiu et je me réveille avec un second souffle. Ma nostalgie de la veille est rapidement estompée par mon envie de faire découvrir à ma mère tous mes endroits préférés du coin. Bien évidemment, nous commenceront pas un massage, car ça doit bien faire 3 jours que je n'en ai pas eu et les mains expertes des masseurs de Shangqiu me réclament! Que voulez-vous, cette ville m'a habitué à un minimum de ''pampering'' et mon côté diva refoulé qui se cachait sous des piles de poussières de la Gorge et de t-shirts crado portés jusqu'à un point de non-retour, commence à sortir sa tête avec curiosité (''Est-ce finalement le temps pour un peu de gloss?!'', se questionne-t-elle)! Nous sortons donc de la chambre et rejoignons Brett pour un dernier dîner où nous nous régalons de nos plats préférés. Malheureusement pour nous, Shannon s'est retrouvée prise dans une histoire abracadabrante d'une étudiante qui aurait acheté un chiot mourant pour 700 Yuan et qui a maintenant besoin de l'aide de mon amie volubile pour se faire rembourser le défunt mini-caniche (...Paix a son âme)... BREF, pour faire une histoire courte, elle est occupée et ne peut nous rejoindre pour dîner! En sortant du restaurant, nous décidons d'aller faire un petit tour à l'épicerie locale et je ne peux m'empêcher d'arrêter un tuk-tuk chambranlant passant dans la rue principale pour nous conduire à destination. En enjambant la portière, nous nous entassons côte à côte sur le petit banc de bois à l'abri de la cabine de plastique, rentrant tous les membres à l'intérieur du véhicule, comme si nous avions décidés de nous déplacer au volant d'une Jeep électrique Fisher Price pour enfants. Un peu plus et nous pouvons sortir nos pieds par le plancher pour nous donner une petite poussée!
Au tournant de la rue suivante, nous arrivons devant la façade bleue de Dennis et passons à travers la ''foire alimentaire'' extérieure pour se rendre au magasin. En voyage, découvrir les spécialités des épiceries locales est une des activités favorites de ma mère alors nous prenons quelques minutes pour déchiffrer les différentes sortes de chips ''Lays'' et s'époustouffler devant la boucherie où les différents parties d'une vache fraîchement abattue frémissent pratiquement encore! Dans la poissonnerie, des raies, des anguilles et autres poissons d'eaux troubles terrorisent les petits enfants qui s'approchent trop près de la vitre. Comme à l'habitude, les magasineurs sont pressés, farouches et nombreux, mais le fait que ma sustenance ne dépend pas du fait que je puisse produire un repas équilibré avec les ingrédients originaux du magasin me permet d'apprécier la visite. Ma mère remarque d'ailleurs que la plupart des items de la boulangerie sont recouverts de sucre et de crémage et elle comprend pourquoi je n'ai jamais sauté sur l'occasion de me faire un bon sandwich au pain blanc pas de croûte!
Le prochain arrêt de notre tour de ville est le salon de massage où notre taxi s'engage dans un cul de sac pour nous déposer devant les marches de la boutique. Entre un salon de beauté et un magasin de pièce d'auto se trouve une petite porte coulissante derrière laquelle se cache une grande pièce ouverte et plusieurs lits à massage. Les masseurs aveugles en saraux blancs s'activement autour des patients allongés tel un ballet bien coordonnés, se glissant et se contournant entre les lits, sans jamais se toucher. Le bruit sourd de leurs mains qui s'abattent à répétition sur le dos des hommes allongés et les sifflements sacadés qui accompagnent leurs efforts emplissent la boutique silencieuse. De temps en temps, un masseurs quitte la pièce en longeant le mur du fond pour rejoindre sa propre couchette où il se repose et écoute la radio en attendant le prochain client. Dès que nous poussons la porte du magasin, la patronne se lève de sa chaise comme une bombe et me prend dans une grande caresse, qui me laisse bouche-bée! Tout ce qu'elle sait dire en anglais c'est ''Andy!!!'', mais sa grande exhubérance me touche beaucoup. Elle appelle son mari qui se trouve à l'arrière boutique et il suit le mur avec habitude jusqu'à ce qu'il se trouve à ces côtés. Lorsqu'il comprend finalement que la cliente sur sa table n'est nulle autre que l'étrangère ''musclée'' au mandarin approximatif, il éclate de rire! Sa patience lors de nos conversations fait de lui l'habitant de Shangqiu avec qui j'ai eu les plus longues conversations et il profite du fait que mon visage est bien prit dans le trou de la table pour me bombarder de questions. À côté de nous, le masseur s'acharne sur le cuir chevelu de ma mère qui semble flotter quelque part entre Shangqiu et le Nirvana!
Finalement, je décide d'emmener ma mère à la rue piétonne pour faire un peu un peu de lèche... euh... lèche pas vitrine... lèche rangées de rack de vêtements dans la rue?! Mais en chemin, je remarque que les choses dégueulasses qu'on croise dans la rue et qui me font habituellement bidonner, n'ont pas exactement le même effet sur ma mère qui observe avec de grands yeux le chaos de Tuanjie Lu. Pour les sens non entraînés: Ça pue, c'est laid, c'est sale et c'est bruyant. Repli stratégique dans le PFK...
Nous nous assoyeons pendant plusieurs minutes à sirotter un coca-cola alors que je tente de tirer les vers du nez de ma compagne de voyage. Jusqu'à présent, elle a survécu à plusieurs épreuves beaucoup plus tragiques que les crottes de chiens de Shangqiu et ses grand-mères envahissantes, mais c'est cet arrêt particulier de notre itinéraire qui la trouble vraiment. En fait, nous mettons finalement le doigt sur le ''bobo'' en concluant que c'est sa fibre maternelle qui provoque son malaise. Tout le temps que j'étais en Chine, elle a vu des photos et a pu lire mon blogue, mais elle ne s'était jamais imaginé que cet endroit pouvait se trouver aussi loin de toutes choses civilisés. En fait, sans y avoir posé les pieds, ce n'est pas évident de ''sentir'' réellement ce qui se trame à Shangqiu - un mélange d'ignorance et de xénophonie, beaucoup de pollution et peu d'avenir. Depuis le début de notre voyage, elle avait eu la chance d'entrer dans les véritables cartes postales chinoises, voyant les plus beaux côtés de ce pays si inégal, mais maintenant, elle venait de passer dans les coulisses: l'endroit où se construit à la chaîne les sacs Gucci vendus à Shanghai, les kilomètres de champs où l'on envoie les déchets des métropoles, les villages perdus dans le smog des usines, les villes qu'on fuit les jeunes citadins de Pékin. Bref, ce qu'on ne vous montre jamais à la télé. Mais ce qui venait encore plus troubler ma mère c'est le fait que sa plus jeune fille était partie seule à 23 ans pour se retrouver dans ce trou à rat... et qu'elle n'avait pas tournée les talons pour rentrer à la maison! Qu'est-ce qui m'avait passé par la tête à ce moment? Je comprenais maintenant un peu mieux son mutisme... elle tentait de ME comprendre.
Notre journée se termine par un repas trop copieux au resto ''chic'' de la ville en compagnie de d'autres étrangers et d'un film au cinéma pour se reposer un peu. Notre train part dans quelques minutes, mais cette fois-ci je suis soulagée de quitter Shangqiu. Ce n'est plus mon chez-moi, mais seulement le décors de souvenirs impérissables qui me suivront bien longtemps après que j'aie oublié l'odeur de ses rues!
Au tournant de la rue suivante, nous arrivons devant la façade bleue de Dennis et passons à travers la ''foire alimentaire'' extérieure pour se rendre au magasin. En voyage, découvrir les spécialités des épiceries locales est une des activités favorites de ma mère alors nous prenons quelques minutes pour déchiffrer les différentes sortes de chips ''Lays'' et s'époustouffler devant la boucherie où les différents parties d'une vache fraîchement abattue frémissent pratiquement encore! Dans la poissonnerie, des raies, des anguilles et autres poissons d'eaux troubles terrorisent les petits enfants qui s'approchent trop près de la vitre. Comme à l'habitude, les magasineurs sont pressés, farouches et nombreux, mais le fait que ma sustenance ne dépend pas du fait que je puisse produire un repas équilibré avec les ingrédients originaux du magasin me permet d'apprécier la visite. Ma mère remarque d'ailleurs que la plupart des items de la boulangerie sont recouverts de sucre et de crémage et elle comprend pourquoi je n'ai jamais sauté sur l'occasion de me faire un bon sandwich au pain blanc pas de croûte!
Le prochain arrêt de notre tour de ville est le salon de massage où notre taxi s'engage dans un cul de sac pour nous déposer devant les marches de la boutique. Entre un salon de beauté et un magasin de pièce d'auto se trouve une petite porte coulissante derrière laquelle se cache une grande pièce ouverte et plusieurs lits à massage. Les masseurs aveugles en saraux blancs s'activement autour des patients allongés tel un ballet bien coordonnés, se glissant et se contournant entre les lits, sans jamais se toucher. Le bruit sourd de leurs mains qui s'abattent à répétition sur le dos des hommes allongés et les sifflements sacadés qui accompagnent leurs efforts emplissent la boutique silencieuse. De temps en temps, un masseurs quitte la pièce en longeant le mur du fond pour rejoindre sa propre couchette où il se repose et écoute la radio en attendant le prochain client. Dès que nous poussons la porte du magasin, la patronne se lève de sa chaise comme une bombe et me prend dans une grande caresse, qui me laisse bouche-bée! Tout ce qu'elle sait dire en anglais c'est ''Andy!!!'', mais sa grande exhubérance me touche beaucoup. Elle appelle son mari qui se trouve à l'arrière boutique et il suit le mur avec habitude jusqu'à ce qu'il se trouve à ces côtés. Lorsqu'il comprend finalement que la cliente sur sa table n'est nulle autre que l'étrangère ''musclée'' au mandarin approximatif, il éclate de rire! Sa patience lors de nos conversations fait de lui l'habitant de Shangqiu avec qui j'ai eu les plus longues conversations et il profite du fait que mon visage est bien prit dans le trou de la table pour me bombarder de questions. À côté de nous, le masseur s'acharne sur le cuir chevelu de ma mère qui semble flotter quelque part entre Shangqiu et le Nirvana!
Finalement, je décide d'emmener ma mère à la rue piétonne pour faire un peu un peu de lèche... euh... lèche pas vitrine... lèche rangées de rack de vêtements dans la rue?! Mais en chemin, je remarque que les choses dégueulasses qu'on croise dans la rue et qui me font habituellement bidonner, n'ont pas exactement le même effet sur ma mère qui observe avec de grands yeux le chaos de Tuanjie Lu. Pour les sens non entraînés: Ça pue, c'est laid, c'est sale et c'est bruyant. Repli stratégique dans le PFK...
Nous nous assoyeons pendant plusieurs minutes à sirotter un coca-cola alors que je tente de tirer les vers du nez de ma compagne de voyage. Jusqu'à présent, elle a survécu à plusieurs épreuves beaucoup plus tragiques que les crottes de chiens de Shangqiu et ses grand-mères envahissantes, mais c'est cet arrêt particulier de notre itinéraire qui la trouble vraiment. En fait, nous mettons finalement le doigt sur le ''bobo'' en concluant que c'est sa fibre maternelle qui provoque son malaise. Tout le temps que j'étais en Chine, elle a vu des photos et a pu lire mon blogue, mais elle ne s'était jamais imaginé que cet endroit pouvait se trouver aussi loin de toutes choses civilisés. En fait, sans y avoir posé les pieds, ce n'est pas évident de ''sentir'' réellement ce qui se trame à Shangqiu - un mélange d'ignorance et de xénophonie, beaucoup de pollution et peu d'avenir. Depuis le début de notre voyage, elle avait eu la chance d'entrer dans les véritables cartes postales chinoises, voyant les plus beaux côtés de ce pays si inégal, mais maintenant, elle venait de passer dans les coulisses: l'endroit où se construit à la chaîne les sacs Gucci vendus à Shanghai, les kilomètres de champs où l'on envoie les déchets des métropoles, les villages perdus dans le smog des usines, les villes qu'on fuit les jeunes citadins de Pékin. Bref, ce qu'on ne vous montre jamais à la télé. Mais ce qui venait encore plus troubler ma mère c'est le fait que sa plus jeune fille était partie seule à 23 ans pour se retrouver dans ce trou à rat... et qu'elle n'avait pas tournée les talons pour rentrer à la maison! Qu'est-ce qui m'avait passé par la tête à ce moment? Je comprenais maintenant un peu mieux son mutisme... elle tentait de ME comprendre.
Notre journée se termine par un repas trop copieux au resto ''chic'' de la ville en compagnie de d'autres étrangers et d'un film au cinéma pour se reposer un peu. Notre train part dans quelques minutes, mais cette fois-ci je suis soulagée de quitter Shangqiu. Ce n'est plus mon chez-moi, mais seulement le décors de souvenirs impérissables qui me suivront bien longtemps après que j'aie oublié l'odeur de ses rues!
Encore touché Andy. Je me suis revue là-bas avec toi, et cette fois-ci il y avait ta mère dans le paysage !
ReplyDeleteTu lui diras de ma part que je la félicite d'avoir tenu le coup à Shangqiu, parce que je sais très bien que je ne pourrai jamais emmener ma propre mère là-dedans !
Tu me donnes presque envie d'y retourner, malgré la crasse, l'ignorance et la xénophobie, parce que c'était quand même mon premier véritable chez-moi...